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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/664

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sait souriant et pleurant à la fois, signe de la tête qu’il ne se trompait pas.

— Comment es-tu venu ? disait le vieillard ; quels chemins as-tu pris ? quels dangers as-tu courus pour moi, pour me revoir ? oh ! sois béni, enfant, pour ton cœur filial ; sois béni du Seigneur comme tu es béni par ton père ! Et le pauvre roi couvrit de nouveau son fils de baisers.

— Mon père, dit le Dauphin, nous étions à Meaux lorsque nous avons appris les conférences qui allaient s’ouvrir pour traiter de la paix entre la France et l’Angleterre, et nous avons su en même temps que, souffrant et malade, vous ne pouviez assister à l’entrevue.

— Et comment as-tu appris cela ?

— Par un de nos amis dévoué à vous et à moi, mon père, par celui à qui est confiée la garde de nuit de cette porte ; et il indiqua celle par laquelle il était entré.

— Par le sire de Gyac ! dit le roi effrayé. — Le Dauphin fit de la tête un signe affirmatif. — Mais cet homme est au duc, continua le roi avec un effroi croissant ; cet homme, il t’a fait venir pour te livrer peut-être !

— Ne craignez rien, mon père, reprit le Dauphin, le sire de Gyac est à nous.

Ce ton de conviction avec lequel parlait le Dauphin rassura le roi.

— Et alors quand tu as su que j’étais seul ? reprit le vieillard.

— J’ai voulu vous revoir, mon père ; et Tanneguy, qui avait lui-même à s’entretenir d’affaires importantes avec le sire de Gyac, a consenti à m’accompagner ; d’ailleurs, pour plus grande sûreté encore, deux autres braves chevaliers se sont joints à nous.

— Dis-moi leurs noms, que je les garde dans mon cœur.

— Le sire de Vignolles dit La Hire, et Pothon de Xaintrailles. Aujourd’hui, à dix heures du matin, nous sommes partis de Meaux ; nous avons tourné Paris par Louvres, où nous avons pris d’autres chevaux, et à la tombée de la nuit nous sommes arrivés aux portes de la ville, où Pothon et La Hire nous attendent. La lettre du sire de Gyac nous a servi de sauf-conduit, et sans qu’on