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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/659

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désiré se rencontrer sur le champ de bataille. Chacun connaissait la force et la puissance de la main qu’il serrait : l’un avait mérité le nom de Sans-Peur, et l’autre obtenu celui de Conquérant.

Cependant le roi revint bientôt à la princesse Catherine, dont la gracieuse figure l’avait déjà vivement touché, lorsque, devant Rouen, le cardinal des Ursins lui avait présenté son portrait. Il la conduisit, ainsi que la reine et le duc, aux sièges qui avaient été préparés pour les recevoir, s’assit en face d’eux, et fit avancer le comte de Warwick, afin qu’il lui servît d’interprète. Celui-ci mit alors un genou en terre.

— Madame la reine, dit-il en français, vous avez désiré une entrevue avec notre gracieux souverain le roi Henri, afin d’aviser aux moyens de conclure la paix entre les deux royaumes. Monseigneur le roi, aussi désireux que vous de cette paix, s’est empressé d’accepter cette entrevue. Vous voici en face l’un de l’autre, tenant, comme Dieu, le sort des peuples dans votre droite. Parlez, madame la reine ; parlez, monsieur le duc, et puisse Dieu mettre dans vos bouches royales et souveraines des paroles de conciliation !

Le duc de Bourgogne se leva sur un signe de la reine, et prit à son tour la parole :

— Nous avons reçu, dit-il, les demandes du roi ; elles consistent en trois réclamations [1]: l’exécution du traité de Bretigny [2], l’abandon de la Normandie, et la souveraineté absolue de ce qui lui serait cédé par le traité. Voici quelles sont les répliques présentées par le conseil de France.

Le comte de Warwick prit le parchemin que lui présentait le duc.

Le roi Henri demanda un jour pour l’examiner et y ajouter ses remarques ; puis il se leva, offrant la main à la reine et à la princesse Catherine, et les reconduisit jusqu’à leur tente avec des marques de respect et de tendre courtoisie, qui prouvaient assez quelle impression avait produite sur lui la fille des rois de France.

  1. Rapin Thoyras. – Acta publica.
  2. Le traité de Bretigny était celui par lequel le roi Jean fut remis en liberté.