Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/657

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


étroit espace les trois types les plus accentués et les plus différens. La plus âgée est déjà connue de nos lecteurs par la description que nous en avons faite ; mais en ce moment son visage pâle et hautain était couvert d’un coloris factice, qu’elle devait au reflet ardent de l’étoffe rouge de la tente, derrière laquelle frappaient les rayons du soleil, et qui ajoutait à sa physionomie une expression étrange. Celle-ci était Isabeau de Bavière.

L’enfant qui était couchée à ses pieds, dont la tête reposait sur ses genoux, dont elle tenait les deux petites mains enfermées dans une des siennes, dont les cheveux noirs s’échappaient d’un hennin doré en grosses boucles garnies de perles, dont les yeux, veloutés comme ceux des Italiennes, jetaient, en souriant à demi, des rayons si doux, qu’ils paraissaient incompatibles avec leur couleur foncée ; c’était la jeune Catherine, douce et blanche colombe qui devait sortir de l’arche pour rapporter à deux nations le rameau d’olivier.

Celle qui se tenait debout derrière les deux autres, c’était mademoiselle de Thian, dame de Gyac ; tête blonde et rosée, à demi penchée sur une épaule nue ; taille fragile qui semblait prête à se briser au moindre souffle ; bouche et pieds d’enfant, corps aérien, aspect d’ange.

En face d’elle, appuyé contre le mât, une main à la garde de son épée, l’autre tenant un bonnet de velours fourré de martre, un homme contemplait ce tableau de l’Albane : c’était le duc Jean de Bourgogne.

Le sire de Gyac avait voulu rester à Pontoise : il s’était chargé de la garde du roi, qui, quoique convalescent, n’était point encore en état d’assister aux conférences qui allaient avoir lieu. Rien, au reste, dans les relations du duc, du sire de Gyac et de sa femme, n’était changé, malgré la scène que nous avons essayé de peindre dans le chapitre précédent ; et les deux amans, les yeux fixés l’un sur l’autre, silencieux et absorbés dans une seule pensée, celle de leur amour, ignoraient qu’ils eussent été épiés et découverts dans cette nuit où nous avons vu le sire de Gyac disparaître dans la forêt de Beaumont, emporté par Ralff sur les traces de son compagnon inconnu.