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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/652

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de petits bâtons terminés en pointe plus ou moins menue, selon la délicatesse des lignes qu’elles veulent tracer.

Les instrumens de musique des Indiens ne consistent qu’en flûtes qu’ils fabriquent avec les tiges du bambousier (bambusia latifolia) ; qui croît en abondance le long de toutes les rivières de la Guyane ; un morceau de tige, de trois pieds de long et d’un pouce de diamètre, forme le corps de la flûte ; ils en taillent un second de la grosseur du doigt, et de trois ou quatre pouces de long, en forme d’anche, et l’enfoncent dans l’intérieur du premier, de manière à ce qu’il soit caché tout entier et plus ou moins profondément, suivant la note qu’ils veulent produire. En soufflant dans le roseau le plus gros, ils obtiennent des sons pareils à ceux du basson dans ses notes basses, et qui n’ont de désagréable que leur monotonie. Chaque flûte ne donne qu’une note, et les Indiens se contentent de trois pour leur orchestre. Ils montent sur chacune d’elles une certaine quantité d’instrumens qui doivent jouer tous ensemble pour faire leur partie. Ils recouvrent ensuite chaque flûte avec les feuilles d’un palmier nain qui sont plissées en éventail, et qui tombent presque jusqu’à terre. Pour marquer la mesure, un ou plusieurs danseurs s’attachent au-dessus de la cheville un collier de noyaux d’ahouaye, arbre qu’ils cultivent dans ce seul but, car il est vénéneux ; ces noyaux sont de forme irrégulière et rendent un son très-bruyant.

L’usage veut que les danseurs ne paraissent pas sur le lieu de la danse, qui est ordinairement près des carbets, par le chemin ordinaire qui conduit à ceux-ci. Lors de la danse dont je parle, on en traça un nouveau dans le bois, et l’on sacrifia un espace voisin des cases, couvert de cannes à sucre, d’ignames et autres plantes utiles. A l’entrée de la nuit, le son funèbre des flûtes nous annonça l’approche des danseurs ; ils étaient précédés d’une jeune fille, portant un bâton surmonté d’une espèce d’éventail, orné de trois longues plumes, qui lui donnaient quelque ressemblance avec un trident : ils s’arrêtèrent à quelque distance des carbets, et ne reprirent leur marche qu’après avoir bu plusieurs couys de cachiry, que les femmes leur portèrent. Barrère rapporte que tous les spectateurs se cachent au moment où les