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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/62

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dévoué des Bourbons, il me dit : « Je sais de vos nouvelles, monsieur ! quoi, vous vous permettez de tenir des propos outrageans et injurieux à la famille royale ! Savez-vous bien que je pourrais vous faire mettre entre quatre murailles ! » Je ne cherchai pas à me justifier ; mais le fait était faux. L’amiral me montra une dénonciation anonyme, qui lui avait été envoyée par la préfecture de Quimper ; avec cela je fus condamné. Plus tard, je prouvai qu’il y avait une erreur matérielle, on la reconnut et l’on me dit: « C’est un malheur, la mauvaise note est partie, et elle restera. » Je rapporte ce fait parce qu’il est caractéristique de l’époque ; toute la justice du temps est formulée dans la réponse qu’on vient de lire. Voici, au surplus, ce qui donna lieu à la méprise dont en définitive je fus la victime. A Vannes je m’étais trouvé à table d’hôte avec tous les officiers d’une légion vendéenne qui faisaient de la politique, Dieu sait laquelle ! J’étais au service, je m’abstins de répondre aux motions sanguinaires qui couraient comme des toasts de Cannibales ; tout le monde ne fut pas aussi prudent. Un garde du corps de la compagnie du Luxembourg, qui fuyait la France, était à table à côté de moi ; il fit quelques plaisanteries dont on ne lui demanda pas raison, mais qu’on se rappela. Ce qu’on ne se rappela pas, ce fut le plaisant. Je dois dire pourtant qu’une ressemblance de costume put tromper nos délateurs : le garde du corps et moi avions capote, bonnet de police, bottes éperonnées, — que je portais toujours depuis qu’après le 20 mars, M. le maréchal Grouchy m’avait donné à Lyon l’organisation et le commandement d’une compagnie d’artillerie qui devait marcher contre l’armée des paysans, sous les ordres du duc d’Angoulême ; commandement que je laissai bientôt à un officier aussi capable que je l’étais peu. Mais j’étais seul, et le maréchal avait compté sur mon zèle plus que sur mes connaissances, qui n’allaient pas alors au-delà des manœuvres de l’artillerie de mer. — Les galons et les boutons de nos uniformes étaient les seules choses qui nous distinguaient ; le garde du corps les avait d’argent, et les miens étaient d’or. Un accessoire remarquable me signalait à l’attention des gens qui avaient intérêt à me reconnaître, des lunettes auxquelles on ne fit pas attention. L’officier de la maison du roi allait à Brest