Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/607

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


après avoir reconnu sa filiation, doit entrer dans l’arène, indépendant, original, prêt à tout recréer et à tout développer, philosophie, religion, art, législation ; il est manifeste à l’observateur que la science de la sociabilité, c’est-à-dire la seule et vraie politique, doit s’établir en France sur de vastes et solides fondemens. Le gouvernement représentatif ne saurait être pour nous une fantaisie qu’on épuise et qu’on rejette, une déception dont on prend dédain et dégoût, un accident qui peut disparaître. La tribune législative est sortie du sein de notre civilisation et de notre littérature ; tout y a concouru, la chrétienne indépendance de Bourdaloue et de Massillon, la philosophie que faisait prêcher au théâtre Voltaire, ce familier des rois ; aussi c’est surtout ici que le gouvernement représentatif doit s’appuyer sur l’intelligence ; si jamais, ce qui ne saurait arriver, la France avait le spectacle de législateurs médiocres en majorité, elle les déporterait par son indifférence de leur importance constitutionnelle.

La tribune française doit être digne de l’Europe qui l’écoute, elle doit être une école de liberté pour le monde. Si la première des nations du continent, la France, a établi chez elle le gouvernement représentatif, elle doit communiquer aux autres peuples les avantages de cette antériorité. Mais elle ne le saurait, sans poursuivre, à l’exemple de l’Angleterre, une réforme parlementaire. N’admirez-vous pas, monsieur, la situation de l’Europe qui interdit à chaque peuple l’égoïsme, et lui fait une loi d’entrer avec ses voisins dans un échange d’exemples utiles et de bienfaisantes influences ? Notre dernière révolution a accéléré l’émancipation britannique, et l’Angleterre nous indique à son tour la voie où nous devons nous engager. La solidarité européenne qui a commencé dès l’origine des sociétés modernes, s’établit avec plus d’autorité que jamais. Qu’aurait été la France sans l’Italie ? Mais ensuite qu’eût été l’Italie sans la France ? L’Allemagne nous a renvoyé dans les trente premières années de ce siècle l’influence que nous avons exercée sur elle il y a quatre-vingts ans. Les