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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/602

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admise au partage des droits sociaux avec la propriété. On a montré sous la restauration une ignorance bien imprudente de l’esprit de la France, en dotant presque exclusivement la propriété de la capacité politique : c’était la compromettre que de la servir ainsi. La nation désirerait encore que le peuple seul choisît ses législateurs : à l’abolition de l’hérédité législative, elle eût désiré, je l’estime du moins, joindre les combinaisons graduées d’une élection populaire.

La puissance exécutrice a dans ses mains ses destinées ; je prie le ciel de lui donner l’intelligence des choses, puisse-t-elle apprécier le titre et la raison de son élévation, le siècle où elle est appelée à se mouvoir, la France qu’elle a l’honneur de représenter et de gouverner.

La France, monsieur, met beaucoup d’ordre dans la déduction de ses idées politiques : la Constituante lui avait montré la plénitude du pouvoir législatif, la Convention et l’Empire lui donnèrent l’unité de la puissance exécutrice : la Restauration a tenté de reprendre l’initiative du pouvoir législatif sur le peuple qui l’a renversée. Aujourd’hui la France veut un pouvoir législatif supérieur et efficace, une puissance exécutrice forte et dévouée ; voilà comment elle conçoit le développement de ses destinées : elle désirerait opérer une révolution pacifique et intelligente dans le pouvoir législatif, et non pas une révolution matérielle et violente dans la puissance exécutrice ; voilà, je crois, la vérité. La France est monarchique par son amour pour l’unité et par les dernières attaches de son histoire ; elle est démocratique par la richesse de sa civilisation, l’indépendance de sa philosophie, la liberté de son caractère, la générosité de ses instincts, et par la place qu’elle occupe dans le système moral du monde. La France voudrait s’asseoir dans une situation convenable ; elle a besoin de temps et de repos pour attendre la maturité vigoureuse de ses jeunes générations ; elle désirerait rassembler ses esprits et se développer progressivement. J’ignore si rien ne viendra troubler et intervertir l’ordre naturel des choses ; mais cet ordre est indépendant des accidens du hasard, et continue secrètement sa marche même au milieu des capricieuses contradictions de la fortune.