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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/597

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d’œil jeté sur la constitution de 93, la fait reconnaître comme une œuvre exceptionnelle ; c’est une rédaction hâtive et fougueuse des droits d’une démocratie qui se bat à outrance ; les idées de la Constituante y sont reproduites avec redoublement et exaltation ; dans ces stipulations de liberté, qui n’ont jamais été appliquées et furent contemporaines du plus intraitable despotisme, vous trouvez maintenue la supériorité du pouvoir législatif sur la puissance exécutrice, et même vous voyez cette dernière détruite dans son unité nécessaire, par les préoccupations déraisonnables du législateur. L’article 62 porte qu’il y aura un conseil exécutif composé de vingt-quatre membres. Cela est au surplus sans importance historique ; la constitution de 93 n’est qu’une curiosité de théoriciens.

Cependant la Convention, avant de se séparer, rédigea une autre constitution, qui pût, suivant les termes de sa dernière proclamation, trouver dans la sagesse des principes la garantie de sa durée ; et la même assemblée offrit ainsi le spectacle des excès et des transactions de la démocratie. La constitution de 1795 conservait la supériorité du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif, mais elle divisait en deux chambres le corps législatif : pour la première fois, on cherchait des tempéramens contre l’initiative exclusive et omnipotente du législateur ; on prenait des précautions contre lui ; en même temps on commettait encore la faute de disséminer la puissance exécutrice sur plusieurs agens qui partageaient entre cinq l’égalité d’une impuissance irresponsable. Cette constitution, où l’unité n’était nulle part, voulut se sauver par des tables de proscription, et fut déchirée par l’épée victorieuse d’Arcole et des Pyramides.

N’est-il pas évident, monsieur, que cette succession de constitutions n’est autre chose qu’un duel entre le pouvoir législatif et la puissance exécutrice ? La lutte continue et la fortune change : désormais asservi, le pouvoir législatif ne sera que l’officieux satellite d’une volonté triomphante, qui pliera tout à la convenance de ses desseins, même les conceptions désintéressées du génie. Sièyes avait créé d’un seul jet une constitution dont le mécanisme lui paraissait résoudre le problème de la révolution