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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/596

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militer avant de régner sans conteste. La sagesse antique avait dit par la bouche du stoïcien Chrysippe, que la loi était la reine souveraine des choses divines et humaines ; la sagesse orientale dit quelque part qu’elle est la maîtresse des rois. En 1791, la nation française a mis en pratique ces maximes ; elle les a prises dans les livres du genre humain pour les faire passer dans ses destinées. Désormais la loi régnera dans la société, comme une grande idée règne dans la tête humaine : elle sera conçue et dictée par le peuple, qui la remettra à son chef pour l’exécuter. Ainsi la constitution est le miroir fidèle de la nature humaine ; l’action est soumise à la pensée : la puissance exécutrice est l’agent nécessaire et fort de la société, mais remis au second rang, mais convenablement soumis au pouvoir législatif, à la fois humain et divin, peuple et Dieu, et ramenant l’universalité numérique à l’idéale unité. Conception magnifique ! transformation démocratique et salutaire des vérités à la fois représentées et cachées par la théocratie, au début du monde ! En vérité, que dire des aveuglemens et des ignorances qui ont essayé le mépris contre la première ébauche de notre immense révolution ? Je n’ai jamais entendu dire que des myopes aient prétendu mesurer la hauteur du Chimboraço.

Le temps va vite ; il entraîne les hommes et les choses avec la même vélocité que le noir chevalier de la ballade allemande met à emporter sa fiancée : tout disparaît, tout fuit, tout fait place à un spectacle nouveau. La Convention s’installe dans la république qui semble s’écrouler au milieu des flammes. Elle combat et fait des lois ; elle en fera beaucoup, car elle a besoin de tout créer par son omnipotence ; elle en fera de mauvaises, parce qu’elle n’a pas un instant de réflexion pour calmer sa tête brûlante ; elle en fera d’immortelles, parce que l’amour de la patrie gonfle son cœur d’un fanatisme divin. Comment Joseph de Maistre, dans ses ironies contre les lois nombreuses décrétées par la Convention, n’a-t-il pas vu que la multiplicité des œuvres et l’embarras de la situation rehaussaient ici la grandeur du législateur ? Cette assemblée est et sera toujours unique dans l’histoire ; et pourquoi ne pas l’étudier avec la même intelligence dont on poursuit les traces antiques de Moïse et de Lycurgue ? Le premier coup