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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/59

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huit jours ; si vous en rencontrez quelques-uns, prévenez-les du danger qu’ils courent. » — Est-ce que sur cette liste... ? — Le maréchal Ney y est en tête. Il faut que je l’avertisse. — Je tournai rapidement l’allée où Ney marchait en lisant, et me trouvai face à face avec lui. Je l’abordai, j’étais en uniforme, et je ne sais quel soupçon de déguisement lui vint à l’esprit, mais il s’arrêta, et sa figure exprima l’anxiété la plus grande. — Rassurez-vous, monsieur le maréchal, votre secret sera gardé tout aussi bien que s’il n’était connu de personne. Ne soupçonnez aucune trahison de ma part ; je suis le fils et le parent de deux personnes qui vous sont toutes dévouées, le propriétaire des eaux et son cousin. — Où voulez-vous en venir ? — Je lui dis ce que j’avais déjà confié à mon père. — Bah ! vous êtes sûr de cela ? — Très-sûr, mon- sieur le maréchal. Et en admettant que ce ne soit pas certain, n’est-ce pas probable ? il faut donc agir en conséquence. — Et, ajouta-t-il après un instant de silence, que pourront-ils me faire ? — Vous fusiller, par exemple Il réfléchit. — Je partirai bientôt, demain peut-être. — Lyon et Grenoble vous offrent un passage facile ; les autorités n’y ont pas encore été changées, elles vous assureront votre arrivée en Suisse. — Je quittai le maréchal, persuadé qu’il serait la nuit même à Lyon. Il passa par Aurillac, et vous savez le reste.

Lyon était agité par les factions, à ce point que le séjour m’en devint bien vite insupportable. Je n’y restai pas long-temps ; j’allai passer à la campagne deux mois avec mon père, qui commençait cette horrible maladie de poitrine, si prompte et si inopinée qui le ravit, jeune encore, à l’amour de toute une famille, à l’estime de toute une ville. Je reçus ordre quelque temps après de rejoindre Brest ; mais on me faisait défense de passer par Paris. On allongeait ainsi ma route, en la rendant difficile ; j’étais malade, et c’était en novembre, la saison était très-froide. — L’hiver de 1815 fut aussi rigoureux que l’été de 1816 fut humide. — Les voitures étaient rares et chères ; je fus souvent réduit aux pataches, invention diabolique qui augmenta beaucoup les accidens graves de l’hémoptysie dont je souffrais. Tout le long de la jetée de la Loire, je n’eus pour me transporter qu’une charrette à veaux ; et, la