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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/587

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rien dans son nouveau drame qui précise les dates. Je n’approuve pas, en général, l’intervention des artistes et des savans sur la scène. Pourtant, les intimes amitiés de François Ier avec les frères Dubellay, avec Rabelais, avec Primatice et Léonard, avec Jean Goujon et Benvenuto, relevaient le caractère frivole du roi, et l’élégance de ses goûts faisait pardonner la légèreté de ses mœurs. Il lui est arrivé de songer à briser toutes les presses de son royaume, mais il a passé des journées entières avec Henri Estienne, Lascaris et Budée. C’était là encore un moyen de préciser les dates. Un roi qui se plaisait aux doctes entretiens de Jacques Cholin et de Pierre Duchatel, qui rivalisait avec Léon X pour la protection des arts, un tel roi pouvait se plaire aux vulgaires débauches. Mais il y a plus que de la partialité à supprimer dans la peinture de son caractère toutes les habitudes honorables qui rachetaient ses mauvais penchans.

Bien que la pièce toute entière de M. Hugo soit consacrée au développement de l’amour paternel, il était important de dessiner les lignes du ]"ays3ge et de l’horizon. Cet horizon, c’est le seizième siècle de France, et dans le seizième siècle, c’est la première moitié. Au lieu de poursuivre l’émancipation de la royauté sur le plan de Louis XI, l’amant de Diane s’entête aux folles aventures de Charles VIII et de Louis XII. Louis XI aurait trouvé la partie belle entre un empereur avare, égoïste et rusé, et un roi luxurieux, ergoteur, théologien, vaniteux, sanguinaire et despote jusqu’au vertige. François Ier, en substituant les plaisirs et les chances de la guerre aux résultats plus sûrs de l’administration et de la diplomatie, a retardé d’un siècle l’œuvre commencée à Plessis-les-Tours, et que Richelieu devait achever pour Louis XIV.

Or on ne peut rien soupçonner de tout cela dans le nouveau drame de M. Hugo. C’est un mérite mesquin de le savoir ; le premier livre venu peut l’enseigner à l’esprit le plus médiocre : il eût été digne d’un beau génie de poétiser ces vérités.

Après la fable, les caractères et l’histoire, il nous reste à examiner le style de la pièce. On le sait, depuis dix ans M. Hugo n’a pas innové moins hardiment dans la langue que dans les idées et les systèmes littéraires. Il a imprimé aux rimes une richesse oubliée depuis