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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/57

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de dire : « En voilà encore de ces brigands de soldats de Bonaparte I » Notre cuirassier s’approcha de l’impertinent duo, appliqua un vigoureux soufflet au cavalier, puis se plaçant côte à côte avec la dame, leva, très-grand qu’il était, son talon à la hauteur de la hanche de cette femme, et son éperon, déchirant du haut en bas la robe de mousseline blanche et le jupon, il la laissa demi-nue, fort embarrassée de sa contenance et obligée de chercher un refuge dans un fiacre.


Je ne voulais pas assister à la seconde entrée des Bourbons ; mais je ne pus quitter Paris que luit jours après celui où Louis XVIII s’y montra entouré de toutes les troupes étrangères qui l’escortaient comme un roi captif. Il était trop clair, à voir la composition de ce cortège, que c’était au nom de la sainte-alliance qu’il était appelé à régner. La joie des femmes et d’une certaine partie de la population fut d’une telle indécence à cette occasion, que Wellington se crut obligé de leur en faire affront en disant aux folles qui allèrent lui faire visite, l’embrasser et le remercier de la bataille de Waterloo, qu’en Angleterre, après un malheur public aussi grand, les femmes, loin de se parer de leurs habits de fête, traîneraient en pleurant des voiles de deuil. Je me souviens que l’empereur Alexandre, passant dans la rue de la Paix, où il allait, je crois, empêcher qu’une centaine d’imbéciles, sous la direction d’un jeune enthousiaste qui depuis a donné un nouveau synonyme à naïveté, ne cherchassent à ébranler la colonne qu’ils avaient la prétention de renverser par flatterie, pour les cosaques et les grenadiers autrichiens ; — l’empereur Alexandre se sentant pressé de tous côtés par des femmes qui le dévoraient des yeux, lui disaient qu’il était magnanime comme prince et beau comme homme, baisaient ses genoux, ses bottes, le bout de sa longue ceinture d’argent, sa main qu’il retirait avec modestie, et jusqu’à la croupe blanche de son cheval, sourit d’abord de pitié et finit par dire : « En vérité, c’est trop ; j’ai honte pour vous de tant d’amour, vous me feriez rougir de la victoire. »

C’est à Lyon que je retournai. En arrivant à Roanne, j’appris que mon père était à quelques lieues de là, à Saint-Alban, ou