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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/561

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<poem> Avait, d’un geste, embrasé la fournaise ! Pour chant de guerre, elle eut la Marseillaise, Vrai talisman ! mais ses fils dévoués A la chanter s’étaient vite enroués. Vainqueur à temps de l’Europe enhardie, Le Consulat réparait l’incendie. De foudre alors et de fer couronné, L’Empire, lui, toujours avait tonné : Sans air joyeux, sans chanson applaudie, Sous ce dur maître, on avait moissonné. A rangs égaux, en lignes sourcilleuses, Dès le matin des luttes fabuleuses, Aux flancs des monts vaguement éclairés. Les fiers soldats s’ébranlaient par degrés ; Dès qu’un rayon aux collines prochaines Montrait l’aurore, ils saluaient César ; Puis, tout le jour, à son jeu de hasard, Silencieux, ils épuisaient leurs veines ; Tant qu’à la fin, dans l’excès des combats, Noble immolée, ô France, tu tombas ! Or, des douleurs de la France épuisée, De sa chère aigle aux mains des rois brisée, Des morts d’hier, des mânes d’autrefois. Il s’élevait une profonde voix, Ame, soupir, émotion guerrière. Regret aussi de nos antiques droits, Le tout confus comme un gros de poussière Que la déroute envoie en tourbillons, Comme du sang fumant dans les sillons ! C’étaient des ris, des sifflets, juste outrage Aux faux dévots, rentrés pour convertir, Aux libertins, prêchant le roi-martyr ; C’était la plainte, au milieu du naufrage, Des gais amours si long-temps caressés L’immense voix, au déclin de l’orage, En rassemblait tous les sons dispersés. Deuil tour à tour, et malice, et colère, Elle planait, puissante et populaire. Mais, sous ces bruits qui la venaient former. On ne savait en masse où l’entamer ;