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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/539

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derrière la longue suite de fenêtres qu’elle illumina chacune à son tour. Au bout d’un instant, le duc entendit de l’autre côté du mur un pas léger courir sur l’herbe et les feuilles sèches, et une douce et fraîche voix dit à travers la porte : Est-ce vous, mon duc ?

— Oui, oui, ne crains rien, ma belle Catherine ; oui, c’est moi.

La porte s’ouvrit, la jeune femme était toute tremblante, moitié de frayeur, moitié de froid.

Le duc lui jeta une partie de son manteau sur les épaules, et la rapprocha de lui, en s’enveloppant avec elle : ils traversèrent ainsi la cour au milieu de l’obscurité. Au bas de l’escalier, une petite lampe d’argent brûlait une huile parfumée. Catherine la prit ; elle n’avait pas osé sortir avec cette lampe, craignant d’être aperçue, ou que le vent ne la soufflât : ils montèrent l’escalier, toujours dans les bras l’un de l’autre.

Pour arriver à la chambre à coucher, il fallait traverser une grande galerie sombre ; Catherine se rapprocha davantage encore de son amant.

— Croiriez-vous, mon duc, lui dit Catherine, que je suis passée seule ici ?

— Oh ! vous êtes une belle guerrière, ma Catherine !

— C’était pour aller vous ouvrir, monseigneur !

Catherine posa sa tête sur l’épaule du duc, et le duc ses lèvres sur le front de Catherine ; ils traversèrent ainsi la longue galerie, la lampe formant autour d’eux un cercle de lumière tremblante, qui éclairait la tête brune et sévère du duc, la tête blonde et fraîche de sa maîtresse : on eût cru voir marcher un tableau du Titien. Ils arrivèrent à la porte de la chambre, d’où sortait une atmosphère tiède et parfumée : la porte se ferma sur eux ; tout rentra dans l’obscurité.

Ils avaient passé à deux pas de Gyac, et ils n’avaient pas vu sa tête livide sous les plis du rideau rouge qui tombait devant la dernière croisée.

Oh ! qui dira ce qui s’était passé dans son cœur, quand il les avait vus s’approcher dans les bras l’un de l’autre ! Quelle vengeance il devait rêver, cet homme, puisqu’il ne s’était pas jeté au-devant d’eux, et ne les avait pas poignardés !…