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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/527

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VI.

Le Sire de Gyac




Les prévisions politiques du duc de Bourgogne s’étaient réalisées : la ville de Paris était lasse de la vie tourmentée qui l’agitait depuis si long-temps, elle attribua la cessation de ses maux, qui arrivaient naturellement à leur terme, à la présence du duc, à la sévérité qu’il avait déployée, et surtout à l’exécution de Cappeluche, cet ardent émouveur de populace. Aussitôt après sa mort, l’ordre s’était rétabli, et toutes les voix chantaient les louanges du duc de Bourgogne, lorsqu’un nouveau fléau vint se ruer sur la cité toute saignante encore : c’était la peste, cette sœur hâve et décharnée de la guerre civile.

Une épidémie affreuse se déclara. La famine, la misère, les morts oubliés dans les rues, les passions politiques qui font bouillir le sang aux veines, étaient les voix infernales qui l’avaient appelée. Le peuple, qui commençait à se refroidir, et qui était épouvanté de ses propres excès, crut voir la main de Dieu dans ce nouveau fléau ; une fièvre singulière s’empara de lui. Au lieu d’attendre la maladie dans ses maisons et d’essayer de la prévenir, la population tout entière se répandit dans les rues ; des hommes couraient comme des insensés, criant que les flammes de l’enfer les brûlaient ; et sillonnant cette foule qui s’ouvrait tremblante devant eux, quelques-uns se jetèrent dans les puits, d’autres dans la rivière. Une seconde fois les tombeaux manquèrent aux morts, et les prêtres aux mourans. Des hommes atteints des premiers symptômes du mal arrêtaient les vieillards dans les rues, et les forçaient d’entendre leurs confessions. Les seigneurs n’étaient