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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/526

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sement électrique, une grande clameur poussée par ceux qui étaient près du Châtelet, annoncèrent à ceux de la place du Pilori que le condamné se mettait en marche. Il avait obtenu de Gorju, de qui dépendait cette dernière faveur, de n’être ni conduit sur un âne, ni traîné sur une charrette : il marchait d’un pas ferme entre le prêtre et le nouvel exécuteur, saluant de la main et de la voix ceux qu’il reconnaissait dans la foule. Enfin, il arriva sur la place du Pilori, entra dans un cercle d’une vingtaine de pieds de diamètre, formé par une compagnie d’archers, et au milieu duquel était un billot debout près d’un tas de sable. Le cercle qui s’était ouvert pour le laisser passer, se ferma derrière lui. Des chaises et des bancs avaient été disposés pour ceux qui, trop éloignés, ne pourraient voir par-dessus la tête des plus voisins ; chacun prit sa place comme sur un vaste amphithéâtre circulaire, dont les toits des maisons formaient le dernier gradin, et simulant un immense entonnoir de têtes humaines superposées les unes aux autres.

Cappeluche marcha droit au billot, s’assura s’il était posé d’à-plomb, le rapprocha du tas de sable dont il était trop éloigné, et examina de nouveau le tranchant de l’épée ; puis ces dispositions faites, il se mit à genoux et pria à voix basse : le prêtre lui faisait baiser un crucifix. Gorju était debout près de lui, appuyé sur sa longue épée ; sept heures commencèrent à sonner ; maître Cappeluche cria tout haut merci à Dieu et posa sa tête sur le billot [1].

Pas un souffle ne semblait sortir de toutes ces bouches, pas un mouvement ne remuait cette foule ; chacun semblait cloué à sa place, les yeux seuls vivaient.

Tout à coup l’épée de Gorju flamboya comme un éclair ; le dernier coup frappa sur l’horloge, l’épée s’abaissa, et la tête alla rouler sur le tas de sable qu’elle mordit et teignit de sang.

Le tronc recula par un mouvement contraire, se traînant hideusement sur ses mains et ses genoux ; le sang jaillissait par les artères du cou, comme l’eau à travers le crible d’un arrosoir.

La foule poussa un grand cri, c’était la respiration qui revenait à cent mille personnes.

  1. Journal de Paris. – Barante.