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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/525

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— Et c’est toi !…

— Oui, maître.

— Qui donc a donné cet ordre ?

— Le duc de Bourgogne.

— Impossible, il n’y a qu’une heure qu’il me prenait la main.

— Eh bien ! c’est cela, dit Gorju, maintenant il vous prend la tête.

Cappeluche se leva lentement, oscillant sur ses jambes comme un homme ivre, et alla droit à la porte : il en prit la serrure entre ses larges mains, et à deux reprises la secoua à faire sauter les gonds, s’ils eussent été moins solides.

Gorju le suivait des yeux avec toute l’expression d’intérêt qu’était susceptible de prendre sa figure dure et basanée.

Lorsque Cappeluche se fut aperçu de l’inutilité de ses efforts, il revint s’asseoir à la place où Gorju l’avait trouvé, ramassa son épée, et la remettant sur le pavé, il lui donna le dernier coup qui lui manquait.

— Encore ? dit Gorju.

— Si c’est à moi qu’elle doit servir, répondit Cappeluche d’une voix sourde, raison de plus pour qu’elle coupe bien.

En ce moment, Vaux de Bar, le prévôt de Paris, entra suivi d’un prêtre, et procéda pour la forme à l’interrogatoire. Maître Cappeluche avoua quatre-vingt-six meurtres, en dehors de ses fonctions légales : un tiers à peu près avaient été commis sur des femmes et des enfans.

Une heure après, le prévôt sortit, laissant avec Cappeluche le prêtre et le valet devenu bourreau.

Le lendemain dès quatre heures du matin, la grande rue Saint-Denis, la rue aux Fèves, et la place du Pilori étaient encombrées de peuple, les fenêtres de toutes les maisons étaient bâties de têtes ; la grande boucherie près le Châtelet, le mur du cimetière des Saints-Innocens près des halles, semblaient prêts à crouler sous le poids qui les surchargeait. L’exécution devait avoir lieu à sept heures [1].

À six heures et demie, un mouvement d’ondulation, un frémis-

  1. Enguerrand de Monstrelet.