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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/523

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prendre son épée où il l’avait déposée, mouilla le pavé avec un reste d’eau qui croupissait dans un tronçon de cruche, et, s’asseyant par terre, le pavé entre les jambes, se mit gravement à repasser son épée, qui avait un peu souffert des services réitérés qu’elle lui avait rendus depuis quelques jours, n’interrompant cette occupation que pour en tâter le fil, en passant le pouce sur le tranchant, puis se remettant chaque fois au travail avec une nouvelle ardeur.

Il était tellement absorbé dans cette intéressante occupation, qu’il ne s’était pas aperçu que la porte s’était ouverte et refermée, et qu’un homme s’était approché lentement de lui, le regardant avec un étonnement tout naïf. Enfin, le nouveau-venu rompit le silence.

— Pardieu, dit-il, maître Cappeluche, vous faites là une drôle de besogne !

— Ah ! c’est toi, Gorju, dit Cappeluche en levant les yeux, qu’il reporta aussitôt sur le pavé qui absorbait toute son attention ; qu’est-ce que tu dis ?

— Je dis que vous êtes fameusement bon de vous occuper de pareils détails.

— Que veux-tu, mon enfant, dit Cappeluche, on ne fait rien sans amour-propre, et il en faut dans notre état aussi bien que dans un autre. Cette épée, tout ébréchée qu’elle était, pouvait encore aller dans une émeute, parce que là, pourvu qu’on tue, peu importe qu’on soit obligé de s’y prendre à deux fois ; mais le service qu’elle doit faire demain n’est pas comparable à celui qu’elle fait depuis un mois, et je ne peux prendre trop de précautions pour que tout se passe à mon honneur.

Gorju était passé de l’air étonné à l’air stupide ; il regardait, sans lui répondre, son maître, qui semblait mettre à son ouvrage d’autant plus d’attention, qu’il semblait approcher de sa fin.

Enfin, maître Cappeluche leva de nouveau les yeux vers Gorju.

— Tu ne sais donc pas, lui dit-il, qu’il y a demain une exécution ?