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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/515

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près d’elle celle que lui indiquait son impatience. Le cortège se mit en marche.

Partout sur son passage, des cris d’espérance et de joie l’accueillaient, les fleurs pleuvaient de toutes les fenêtres, comme une neige embaumée, et couvraient le pavé sous les pieds du cheval de la reine ; c’était un délire à enivrer, et l’on eût cru insensé celui qui serait venu dire au milieu de cette fête, que, dans ces mêmes rues où s’effeuillaient tant de fleurs fraîches, où s’épandaient tant de clameurs joyeuses, le meurtre, la veille encore, avait répandu tant de sang, et l’agonie jeté tant de cris.

Le cortège arriva en face de l’hôtel Saint-Paul. Le roi l’attendait sur la dernière marche du perron. La reine et le duc mirent pied à terre et montèrent les degrés ; le roi et la reine s’embrassèrent : le peuple jeta de grandes acclamations, il croyait toutes les discordes éteintes dans le baiser royal ; car il oubliait que, depuis Judas et le Christ, les mots trahison et baiser s’écrivent avec les mêmes lettres.

Le duc avait mis un genou en terre, le roi le releva. « Mon cousin de Bourgogne, dit-il, oublions tout ce qui s’est passé, car de grands malheurs sont advenus de tous nos débats ; mais, Dieu merci, nous espérons, si vous nous y aidez, y porter un bon et sûr remède. »

« Sire, répondit le duc, ce que j’ai fait a toujours été pour le plus grand bien de la France et le plus grand honneur de votre altesse ; ceux qui vous ont dit le contraire étaient encore plus vos ennemis que les miens. » En achevant ces mots, le duc baisa la main du roi, qui rentra dans l’hôtel Saint-Paul, la reine et le duc et leur maison l’y suivirent : tout ce qui était doré rentra dans le palais ; le peuple seul resta dans la rue, et deux gardes, placés à la porte de l’hôtel, rétablirent bientôt la barrière d’acier qui sépare prince et sujets, royauté et population. N’importe, le peuple était trop ébloui pour s’apercevoir qu’il était le seul à qui aucune parole n’avait été adressée, à qui aucune promesse n’avait été faite. Il se dispersa en criant : Vive le roi ! vive Bourgogne ! et ce ne fut que le soir qu’il s’aperçut qu’il avait plus faim encore que la veille.