Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/503

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


En attendant la brochure que M. Douville promet au public au retour de son voyage, je vais apprécier à leur juste valeur les pièces dont il parle dans sa lettre, et qu’il aurait dû, ce me semble, déposer en mains tierces, afin que tous pussent en prendre connaissance ; mais auparavant je dois faire disparaître de cette affaire la plus légère trace d’intérêt personnel de ma part, s’il restait encore quelque doute à ce sujet dans l’esprit de certaines personnes. Tout homme qui livre au public des faits, en qualité d’historien ou de voyageur, engage en même temps sa réputation d’écrivain et son honneur comme homme privé en garantie de leur authenticité. La critique a le droit de lui demander ses preuves, de les discuter comme bon lui semble, et à défaut de celles-ci, d’examiner quel il est, et s’il mérite croyance. Ce principe, reconnu vrai en thèse générale, ne doit-il pas recevoir son application incontestable lorsqu’il s’agit de l’auteur d’un ouvrage qui porte à chaque page l’empreinte palpable de la fiction la plus déboutée, où tout est en dehors des règles ordinaires, entreprise en elle-même, moyens d’exécution, aventures, etc. ? La critique devra-t-elle reculer, parce qu’en examinant de près le narrateur de ces faits étranges, elle découvre dans sa vie des circonstances de la nature la plus grave ? et si cet homme a usurpé dans la société des récompenses, des honneurs, un rang en un mot qui ne lui appartenaient pas, la critique ne doit-elle pas à l’opinion publique de le faire retomber à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter ? Tel est le point de vue unique sous lequel j’ai envisagé cette affaire. Si j’eusse entretenu le plus léger sentiment d’inimitié contre M. Douville, je n’avais qu’à ouvrir la main et en laisser tomber tous les faits qu’elle contenait, les témoins ne m’auraient pas manqué pour les appuyer ; loin de le faire, j’ai tu la majeure partie de ce que je savais, pensant qu’il était inutile d’accumuler les preuves là où un petit nombre suffisait. — Pourquoi d’ailleurs M. Douville ne m’a-t-il pas traduit devant les tribunaux ou toute autre réunion de personnes qu’il aurait choisies lui-même : je le lui ai proposé ; s’il ne l’a pas fait, c’est qu’il a sans doute de graves raisons pour s’en abstenir, et ces raisons, je crois les connaître,

M. Douville, en s’attachant seulement à prouver qu’il a été au Congo, prend une peine inutile ; personne ne lui a contesté qu’il ait réellement mis les pieds dans ce pays, et je l’ai même reconnu positivement. Je lui accorderai encore, s’il le veut, son premier voyage tout entier, ainsi que l’a fait le Foreign Quarterly Review ; mais a-t-il été au-delà des possessions portugaises ? y a-t-il été aux époques qu’il indique, avec une armée à ses ordres, etc. ? Voilà le véritable point de la question. Examinons, en attendant, ses preuves telles qu’il les donne.

1° Les lettres à lui adressées dans le Golungo Alto, en mars et avril 1828, par le gouverneur de Loanda, seraient des pièces du plus grand poids, si les dates étaient de la même écriture que le corps de la lettre ; mais je tiens d’un des membres les plus connus et les plus honorables de la Société de Géographie qui les a vues, qu’elles présentent cette différence singulière et suspecte, qui ne se trouve plus dans celles de dates postérieures. Interpellé de s’expliquer là-dessus, M. Douville a répondu que tel était l’usage de la chancellerie du Congo. Si tel est l’usage de la chancellerie du Congo, on sent que je n’ai plus rien à dire. Je renverrai seulement le lecteur aux pièces justificatives ci-dessous.

2° Un passeport n’a jamais prouvé la date du départ d’un voyageur. Lorsque je partis de Buenos-Ayres pour Rio-Janeiro, le 27 août 1827,