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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/497

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et retient en séquestre l’admirable talent de madame Dorval, la seule actrice vraiment poétique et passionnée que nous ayons.

On nous promet pourtant de nous rendre enfin bientôt noire tragédienne dans Béatrix, ouvrage singulier, dit-on, qui, par la nature du sujet et le nom de son auteur, excite, déjà d’avance un intérêt si curieux. Vienne donc au plus vile Béatrix, et madame Dorval avec elle.

Vienne aussi, on nous l’annonce, un drame de M. de Vigny dont le sujet est encore un mystère. Espérons que le poète ne tardera pas à le produire. On a hâte de revoir au théâtre un talent dont la Maréchale d’Ancre a révélé la vérité et les ressources dramatiques. Dans le roman historique, dans le roman satirique, dans le poème, dans les genres divers où il s’est successivement appliqué, M. de Vigny a su être neuf et original ; il ne l’a pas moins été dans le drame. L’élite du public attend avec impatience le développement de cette branche, qui lui promet de si nobles fruits.

Et, à ce propos, puisque l’occasion s’en présente, faisons remarquer que, lorsque récemment il est échappé à la Revue de parler des écrivains qui relèvent d’un autre grand écrivain, il va sans dire que les maîtres en tout genre n’entraient pas dans notre pensée. Le grand écrivain dont il s’agissait serait le premier, nous en sommes certain, à repousser une telle prétention : lui-même, il a toujours fait la guerre à l’École. Les Lamartine, les de Vigny, les Mérimée, les Barbier, les Dumas, ne relèvent que de leur propre direction ; leur pensée n’appartient qu’à eux, ainsi que l’instrument par lequel ils l’expriment.

Aux Italiens, le début de mademoiselle Giuditta Grisi n’a pas été moins heureux que celui de sa sœur. Aussi une vogue égale à celle qu’obtint le Pirate, l’année dernière, semble-t-elle bien promise pour cet hiver à la Straniera, délicieux opéra de Bellini, dans lequel la débutante s’est montrée si merveilleusement secondée par Rubini et Tamburini.

À l’Opéra, le succès de Nathalie, le nouveau ballet de M. Taglioni, a été complet. Quelques journaux ont cependant blâmé le fond de cet ouvrage et discuté gravement sa choréographie. Nous, vraiment, nous n’aurons point ce courage. N’est-ce pas d’ailleurs une noire ingratitude que de chercher querelle au père de la sylphide à propos d’une pièce dans laquelle il nous montre sa fille à chaque scène ? Et puis qu’y a-t-il donc d’étrange à ce qu’un amant se fasse mannequin pour plaire à mademoiselle Taglioni ? À ce prix n’en ferions-nous donc pas autant, et bien d’autres folies encore ? Quoi qu’il en soit, et en dépit des scrupules et des chicanes de nos feuilletons, vous verrez que Paris ne fera