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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/495

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE



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14 novembre 1832.


Enfin, voici madame la duchesse de Berry tombée dans la souricière !

Pauvre femme, qui n’avait commis d’autre crime que de venir écorner et ronger un peu le gâteau de la quasi-légitimité, et dîner au buffet de la branche cadette ! Pauvre princesse amphibie qui vivait depuis six mois, moitié dans les greniers, moitié dans l’eau ! Pauvre salamandre qui se cachait sous le feu mal éteint de la Vendée ! Pauvre grillon qui se blotissait si bien derrière les plaques de cheminée ! — Pauvre grillon, te voilà pris.

Mais ce n’a pas au moins été sans peine. Pour opérer cette importante conquête, il a fallu que le banc et l’arrière-banc des brigades de sûreté fussent mis en mouvement. Il a fallu que la police ordonnât une levée en masse de ses commissaires, et les dirigeât de Paris sur Nantes, en colonne serrée.

La princesse, que cette justice lui soit rendue, n’avait pas mieux demandé que d’épargner à ces messieurs la fatigue et les frais du voyage. Chacun sait qu’elle était venue se livrer entre leurs mains dans la capitale, uniquement pourvoir à l’Opéra la Tentation, avec la scène du monstre. Pauvre princesse !

Qu’en pensez-vous, cher lecteur ? M. le secrétaire-général du nouveau ministère de l’intérieur n’aurait-il point dû tenir compte à la mère de lîenri V de ce dévouement ! Eh bien ! c’est lui cependant qui la fait arrêter. Le secrétaire-général ne se souvient pas du denier apporté par la veuve à la part de recette de l’auteur. Oh ! la poésie de la police est bien ingrate !

Que fera pourtant le juste-milieu de sa prisonnière ?

Ne le savez-vous donc pas ? Ne vous l’a-t-il pas dit lui-même ? Maintenant que la linotte est en cage, on la garde pour les chambres. C’est un cadeau qui va leur être offert, à l’ouverture de leur session. Nos excellens députés, qui se seraient, j’imagine fort bien, passés du pré-