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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/486

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leurs devoirs: les uns voulaient sauver la France avec l’empereur, les autres sans lui ; cependant l’empereur et la France succombèrent. Pour moi, je l’avouerai, quand je relis l’histoire de ces jours désastreux, je ne puis séparer la fortune de la France de celle de Napoléon ; son épée me semble encore l’arme la plus sûre dont aurait dû se servir la liberté révolutionnaire ; en face de l’ennemi, il faut des grenadiers et non pas des avocats.

La restauration vit d’abord M. de Lafayette résigné ; les suffrages de ses concitoyens lui rouvrirent en 1818 la carrière publique ; député, il représenta devant la vieille légitimité les principes de la révolution française ; toujours il les défendit, soit de l’oubli, soit de l’injure. Calme, confiant dans l’avenir, simple en ses discours, énergique avec convenance, il savait, à la tribune, contraindre au respect ses ennemis qu’il désespérait par sa constance, et qui ne purent jamais lui arracher un détour, une alarme, un sacrifice. Quand la charte eut été traîtreusement violée dans son esprit, des lignes et des complots se formèrent contre la maison de Bourbon : sans conspirer lui-même, M. de Lafayette se mit à la disposition des conspirateurs ; il est dans son humeur de suivre partout la cause de la liberté, à l’échafaud comme à l’Hôtel-de-Ville. La restauration n’osa pas lui faire son procès : elle désirait bien sa tête, mais elle ne se trouva pas l’audace de l’entreprise. En 1824, M. de Lafayette fut écarté de la chambre par les artifices de M. de Villèle ; il profita de ses loisirs pour se rendre à l’invitation de l’Amérique, qui le sollicitait depuis long-temps de venir recevoir chez elle les témoignages de son affection et de sa gratitude. C’est une belle destinée que celle de M. de Lafayette : à soixante-sept ans, il traverse les mers pour devenir l’hôte d’une grande république dont, à dix-neuf ans, il fut le soldat. Accompagné de son fils, il parcourt en onze mois la moitié du Nouveau-Monde, les vingt-quatre états de l’Union, aussi étendus que l’Europe ; à peine deux ou trois Américains ont fait le même voyage. Partout il est reçu avec une allégresse pieuse ; c’est mieux qu’un triomphateur, c’est un ami de l’humanité, c’est un citoyen du monde ; l’Amérique le bénit et le récompense ; l’Europe regarde et s’instruit. La France, en revoyant son représentant, l’entoure d’une vénération plus vive ; Lyon répand autour de lui les flots,