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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/484

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pensée de révolutionner la Fiance et avec le temps l’Europe, voilà tout. Il consomme la ruine des privilèges aristocratiques, il fait de chaque citoyen un soldat et un juré ; il proclame la légitimité de l’insurrection, il établit comme un dogme la liberté de la pensée, il pose comme fondement de la société, la souveraineté de la nation ; enfin, il inaugure le règne de la démocratie française avec les trois couleurs. Mais pourquoi ce républicain ne précipite-t-il pas aussi la chute du trône ? Ici, monsieur, comprenez: Lafayette, à une foi que rien ne décourage, à une nature toujours espérante, suivant son expression, il joint un sens droit qui n’a jamais fléchi. Il estimait, en 1789, qu’une révolution était mûre et nécessaire dans toutes les institutions, sauf dans l’hérédité même du pouvoir monarchique. Ce novateur si téméraire appréciait, avec une sagacité calme, la situation historique de son pays ; il savait qu’une nation ne dépouille pas en un jour des habitudes intimes, et que même dans la célérité fatale d’une rénovation universelle, il y a des conditions de temps, de répit et de halte qu’on ne viole pas impunément. Sans être royaliste, il protégeait le roi ; sans avoir pour Louis XVI ni affection ni estime, il lui offrit un asile dans son camp, et vint, pour le défendre, braver les apostrophes de la Gironde, qu’allaient bientôt faire taire les foudres de la Montagne. Voilà pourquoi M. de Lafayette ne provoqua pas la république avec Condorcet, et ne voulut pas la servir avec Robespierre.

En quittant la France et son armée, ce proscrit n’a qu’une crainte, c’est de ressembler à un émigré ; la justice des rois le débarrassa bientôt de ce souci en le plongeant dans les cachots d’Olmütz : c’était dans les fers que la fortune, soigneuse de sa gloire, lui donnait un Coblentz ; elle lui donna plus encore, car elle fit éclater pour lui le dévouement angélique de la plus vénérable des femmes. Madame de Lafayette vint, avec ses filles, s’enfermer auprès de son mari, dans l’horreur d’une captivité mortelle ; elle y trouva le germe d’une fin prochaine. Cependant le parlement britannique retentit du scandale de cette vengeance monarchique ; la généreuse motion du général Fitz Patrick eut l’appui de Fox. Jamais le rival de Pitt ne fut plus irrésistible et plus grand ; il mit sous ses pieds les sophismes du ministère et les basses passions de Windham. Enfin, le général Bonaparte ne voulut signer la paix