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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/483

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où il allait donner son sang à la liberté. Blessé à sa première bataille, à Brandiwine, vainqueur dans les Jerseys, commandant en chef dans le nord, il se soumet volontairement à l’autorité de Washington ; il se juge plus convenable et plus utile à la seconde place. Lieutenant du général américain, il acquiert une gloire honnête et solide. Entre ses campagnes, il jette un voyage rapide en France : il reparaît à Boston, défend la Virginie, attend Washington pour vaincre, enlève à la baïonnette les positions de lord Cornwallis, qui rend son épée à l’Amérique affranchie.

Les huit années qui s’écoulèrent entre la capitulation de Yorkstown, qui termina la guerre de l’indépendance, en octobre 1781, et la convocation des états-généraux de la France en 1789, furent utilement remplies par le jeune général. En 85, il vit le grand Frédéric dans les plaines de la Silésie, et fut comblé des bontés du monarque à ses magnifiques revues. Joseph II, qui mettait alors tant d’empressement à devenir un grand homme, l’accueillit avec bienveillance. Les rois n’étaient pas choqués de trouver M. de Lafayette républicain ; c’était une singularité piquante qui troublait agréablement l’uniformité des cours. Notre héros, ainsi placé entre le dernier siècle et le nôtre ; entre Frédéric et Napoléon, ne put voir Voltaire ; il était en Amérique quand le philosophe revint à Paris, pour y mourir triomphalement. Il avait aussi quitté la l’rance sans causer avec Rousseau, dont l’approche était difficile, ombrageuse, et pouvait embarrasser un jeune homme de dix-neuf ans. Mais il connut d’Alembert, et se lia de bonne heure avec Condorcet. En 1787, M. de Lafayette siégea à l’assemblée des notables ; seul il y demanda la convocation d’une assemblée nationale. Quoi, lui dit quelqu’un, vous faites la motion des états-généraux ! — Oui, répondit-il, et même mieux que cela. L’interlocuteur était Charles X.

Désormais, monsieur, je ne vous conterai pas des événemens que vous savez ; je veux uniquement arrêter vos regards sur l’homme dont je vous entretiens, et vous en communiquer l’intelligence historique. Dès le 11 juillet 1789, à quoi songe Lafayette ? à une déclaration des droits. Mirabeau mène la politique de la révolution ; Lafayette en pose les principes : il n’a d’autre personnalité que la cause même de l’humanité, d’autre ambition que le triomphe de sa religion républicaine. Il est revenu d’Amérique dans la