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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/479

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Entre toutes les sociétés de la république européenne, la France a toujours été la plus prompte à donner le gouvernement des choses humaines à la puissance de la pensée. Comparez, monsieur, les prétentions du protestantisme germanique à celles de la philosophie française au dernier siècle. Votre réforme religieuse s’est toujours tenue satisfaite de la liberté de conscience et de la franchise individuelle dans la spéculation métaphysique ; elle n’a jamais conclu ni prétendu à la direction sociale : sur ce point, elle s’est toujours montrée modeste et négative. Au contraire, à peine émancipée, la philosophie française déclare son ambition ; elle pense, donc elle doit agir ; elle conçoit, donc elle doit réaliser ; elle est intelligente, donc elle doit régner. Voilà, monsieur, le secret de notre démocratie, voilà son titre et sa charte ; après la révolution communale du douzième siècle, qui racheta du joug la race franco-gauloise, l’esprit de la nation française commença un travail persévérant ; on le voit humble à sa naissance, lent dans ses premiers progrès, inébranlable dans des résultats péniblement acquis, rapide dans la poursuite des conjonctures heureuses, employant tour à tour la patience qui lasse la fortune et le courage qui la force. De cette façon a été fournie la carrière qui sépare les insurrections des communes de Reims et de Vezelay de l’émancipation générale de 1789 ; l’intelligence et le travail en ont marqué les jalons : la philosophie et l’industrie se sont levées connue des puissances, et ont conduit le peuple comme des colonnes de feu. Tout a subi une gravitation irrésistible : tout la subit encore ; on n’élude pas plus les lois rationnelles du monde que les lois physiques ; seulement on les connaît moins, quelquefois même on les raille ; mais ces déesses immortelles continuent de présider à nos destinées, et sont indifférentes à cet athéisme qui supporte mal l’examen de la droite raison.

La démocratie française a donc pour principes l’intelligence et le travail ; elle a pour loi l’égalité : tous reconnaissent notre passion pour l’égalité : les uns pour la louer, les autres pour nous refuser le goût de la liberté même, et nous imputer les faiblesses d’une insatiable vanité. Mais quelle est la cause de cette propriété incontestée du caractère national ? Elle est, monsieur, dans cette