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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/477

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LETTRES PHILOSOPHIQUES


ADRESSEES


A UN BERLINOIS.


IX. [1]


DE LA DEMOCRATIE FRANÇAISE. — M. DE LAFAYETTE.





Paris, 5 novembre 1830.

Que vous connaissez bien l’antiquité, monsieur, et que vous appréciez avec sagacité les causes qui ont précipité la liberté romaine ! Je crois, comme vous, que jamais usurpation ne fut plus nécessaire que celle de César : il succéda à la république devenue désormais impossible, et prit une place légitime entre Brutus et Jésus-Christ. Ne nous étonnons pas, cependant, si les Romains eux-mêmes ne portèrent pas un jugement aussi calme sur la dictature du vainqueur de Pompée : il faut laisser à chaque âge du monde ses impressions et ses vues, et l’humanité ne serait-elle pas appauvrie, si nous ne trouvions pas, chez les vaincus, le glaive de Caton et le poème de Lucain ? J’aime ce jeune Espagnol, qui s’essaie à vingt-cinq ans, dans une ébauche gigantesque, à dégrader la grandeur liberticide de César, et qui, cependant, en dépit de son dessein, frappe avec Salluste, pour l’éternité, l’effigie du maître du monde. Mais, si l’on pouvait douter

  1. Voyez les précédentes lettres dans les livraisons antérieures.