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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/454

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des auditeurs censés réunis en cercle autour de lui, qu’il s’adresse, qu’il recommande l’attention, le silence, qu’il promet de grandes et belles histoires. Il va, sur ce point, jusqu’à indiquer que le son, c’est-à-dire, la cantilène sur laquelle doit ou peut être récitée son histoire, ou, comme il le dit, sa gaste, sa chanson, est la cantilène de ce même roman d’Antioche, dont il reconnaît avoir imité les formes métriques. Voici comment il s’exprime à cet égard :

« Seigneur, cette chanson est faite de la même manière que celle d’Antioche ; elle se versifie de même et elle a le même son, pour qui le sait dire. »

Voilà déjà bien des ressemblances, et des ressemblances bien marquées entre notre historien et les romanciers de Charlemagne. Elles ne se bornent pas là : c’est encore à l’imitation de ceux-ci, que le premier a caché son nom et allégué un original imaginaire, dont il se donne pour le simple traducteur. Ce prétendu original aurait été, à son dire, un livre composé, je ne sais en quelle langue, par un savant clerc, nommé Guillaume, de la ville de Tudèle en Navarre. Ce clerc aurait été profondément versé dans la géomancie, et aurait par là deviné et prédit, avant l’événement, toutes les calamités de l’hérésie albigeoise et des croisades envoyées contre elle.

Il n’y a pas un trait, de toute cette fable, sur lequel notre historien ne se soit donné, à chaque instant, à lui-même les démentis les plus formels ; mais il n’est pas nécessaire de nous arrêter à ces démentis : nous savons d’avance que la fiction qu’ils contredisent est une fiction convenue, une simple formule épique, qui n’a pas besoin d’être réfutée.

Il serait surprenant que l’auteur d’un ouvrage tel que celui que je viens de citer, d’un ouvrage si fidèlement calqué sur les formes de l’épopée carlovingienne, qui respire en tant de choses l’esprit de cette épopée ; il serait, dis-je, surprenant que cet auteur n’eût eu sous les yeux, n’eût connu qu’une seule épopée romanesque, cette chanson d’Antioche, qu’il déclare avoir suivie comme modèle, quant à la forme métrique. Mais il ne donne point lieu à cette surprise ; il fait fréquemment allusion à diverses