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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/450

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DOUZIEME LEÇON




CHRONIQUE DES ALBIGEOIS.




Après tout ce que j’ai dit de l’ancienne épopée provençale dans la vue d’en constater l’existence et l’influence, il me reste à faire connaître un monument très-remarquable qui confirme presque tout ce que j’ai dit là-dessus, et suffirait à lui seul pour en prouver les points les plus importans, s’ils ne l’étaient déjà par d’autres argumens et par d’autres faits. Il s’agit d’une histoire de la trop fameuse croisade contre les Albigeois, écrite en provençal par un auteur contemporain. On chercherait vainement à cette époque, je ne dis pas en provençal, mais en quelque langue que ce soit, un ouvrage plus important pour le fond ou plus curieux pour la forme. Quant au fond, c’est une narration originale, sérieuse et vraie, d’une suite inouïe de grands et tragiques événemens qui détruisirent la civilisation locale et spéciale du midi de la France, au XIIIe siècle. Quant à la forme, c’est une véritable épopée carlovingienne, tellement qu’il est impossible de concevoir qu’un tel ouvrage ait pu être composé ailleurs que dans un pays ayant une littérature, où cette forme était déjà non-seulement connue, mais déjà consacrée, déjà vulgaire. Il faut de toute nécessité lui supposer des antécédens, des modèles : il est donc à lui seul la preuve de l’expérience d’une épopée provençale antérieure. Mais ce n’est là que son moindre mérite : ce qui en fait un monument