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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/439

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voit cruelle pour lui, et plus il se sent de tendre vouloir pour elle.

« Assurez-vous de lui, crie Brunissende à ses chevaliers, et que demain on le pende, ou que l’on m’en fasse telle justice, que mon cœur en soit satisfait.

« Dame, répond Geoffroi, que toutes vos volontés soient faites, m’y voici prêt. Vos chevaliers n’ont que faire de me retenir : votre beauté est pour moi un lien beaucoup plus fort que tous les leurs ; puisque je vous ai fait à mon insu du mal et du déplaisir, vengez-vous-en, je ne prendrai pour me défendre ni lance ni épée. »

Brunissende, l’entendant si gracieusement parler, s’en étonne et s’en émeut, sa colère tombe, et l’amour la blesse à son tour au cœur. Elle pardonnerait à l’instant à Geoffroi si elle l’osait, mais elle a peur des méchans discours. Elle ordonne donc qu’on le désarme et que l’on s’apprête à en faire justice ; mais tout en le menaçant encore, elle ne lui souhaite aucun mal pas plus qu’à elle-même.

« Dame, dit alors Geoffroi, daignez m’accorder une grâce qui vous coûtera peu. — Quelle autre grâce puis-je vous accorder que de vous faire mourir bien vite ? demande Brunissende. — Laissez-moi, répond Geoffroi ; laissez-moi dormir encore un peu avant de mourir. » Là-dessus, le sénéchal prend la parole : « Cela ne peut vous causer aucun dommage, dit-il à Brunissende, laissons-le dormir, et ne le faisons pas mourir sans savoir d’où, ni qui il est ; car, parmi les hommes qui s’en vont par le monde, en quête de guerre et d’aventures, il en est qui sont de grands personnages et de haut rang.»

Brunissende est charmée du conseil, mais elle fait semblant de ne l’accueillir qu’à contre-cœur, et commande de bien garder Geoffroi jusqu’à nouvel ordre. Là-dessus, la dame de Montbrun jette sur le prisonnier un regard qui lui fait bondir le cœur, et se retire. On dresse un lit à Geoffroi au milieu de la salle ; il s’y laisse tomber, et s’y endort, tandis que cent chevaliers en armes autour de lui le gardent soigneusement.

Un grand silence s’établit alors dans le château, mais tous les