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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/427

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sans doute à escalader cette clôture. C’était d’ailleurs le chemin le plus court pour arriver sur la grande route. Et puis il évitait ainsi de passer devant les sentinelles de la porte, et il n’avait point à traverser la ville.

La tête échevelée de Paquita était penchée sur l’épaule de Lorenzo, qui marchait avec rapidité. Ce mouvement, ou bien la fraîcheur du vent qui soufflait au front et dans les cheveux de la jeune femme, la rappela à la vie.

Lorenzo sentit que quelque chaleur avait ranimé le corps tout à l’heure glacé de sa maîtresse. Il se trouvait au bout du bassin. Il s’arrêta et la posa doucement à terre, debout, adossée contre un saule dont les branches tombaient dans l’eau.

Elle ouvrit enfin les yeux, et regarda autour d’elle d’un air égaré.

— Je suis près de toi, ne crains rien, dit Lorenzo, lui prenant les mains.

Elle tressaillit, et les lui retirant avec effroi :

— Vous me faites peur, dit-elle à voix basse, qui êtes-vous ? que me voulez-vous ?

— Oh ! ne vois-tu pas que je suis ton Lorenzo ? ton Lorenzo que tu aimais tant, et qui t’est venu chercher pour être heureuse avec lui ! Es-tu mieux maintenant, mon amour ? Si tu ne te sens pas la force de marcher, oh ! je te porterai bien dans mes bras jusqu’à Balsaïm ! Mais viens ! au nom de la sainte Vierge, viens !

Et il s’avança comme pour l’étreindre encore ; mais elle, détournant la tête, et d’un bras s’attachant au tronc du saule, tandis qu’elle le repoussait de l’autre :

— Eloignez-vous, cria-t-elle avec l’accent d’une profonde terreur ; vous voulez m’emmener pour me tuer, je n’irai pas avec vous, je ne veux pas ; laissez-moi.

A ces derniers mots, le jeune homme avait fait un pas en arrière. Il avait croisé les bras et baissé la tête. Il demeura quelques instans ainsi en silence. Enfin tout d’un coup, il porta la main à son épée qu’il tira.

— Oh ! oui, dit-il alors avec la résignation du désespoir, je vous laisserai, Paquita ! je ne vous enlèverai point de force, allez, ce n’est pas vous non plus que je tuerai, c’est moi ; mais avant que je meure,