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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/426

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bord du bassin, se tordant les bras ; se frappant la poitrine ; elle est au-dessus de mes forces ! ne t’imagine pas que je vais te rendre à ton mari, Paquita ! Tu me suivras, ou bien nous mourrons ici, nous mourrons tous les deux ! Voilà le chemin que nous ferons ensemble ! — Veux-tu que nous mourions, Paquita ?

Il dit ces derniers mots à voix basse en se rapprochant d’elle.

La jeune femme poussa un cri, et se laissa tomber évanouie sur le banc de marbre auquel elle se trouvait appuyée.

Les nuages s’étaient de plus en plus épaissis. La nuit était sombre et froide. Au travers des murmures confus du vent qui soufflait dans les pins, et des chutes d’eau qui se précipitaient de la montagne, on entendit vaguement sonner l’heure à l’horloge du château.

— Dix heures déjà ! s’écria Lorenzo désespéré. Dix heures ! et à dix heures nous devions nous trouver près des ruines de Balsaïm !

Il se pencha vers la jeune femme. Elle avait perdu connaissance. Elle était là étendue, aussi froide que le banc de marbre sur lequel elle était couchée.

Lorenzo éperdu lui frappa dans les mains, puis la portant au bord du bassin, il lui jeta de l’eau au visage. Elle ne revenait point à elle.

La tête du jeune homme s’égarait. A genoux, les mains jointes près de Paquita, il l’appelait par les noms les plus chers, il la suppliait de rouvrir les yeux.

— Vois, c’est moi, c’est ton Lorenzo, réveille-toi, mon amour ! Oh ! viens ! il est tard, vois-tu ; oh ! viens, partons. On nous attend !

Et il pleurait, et il s’arrachait les cheveux.

Paquita demeurait étendue sur les dalles qui bordent le bassin, immobile et glacée.

— Oh ! mon Dieu, que faire ? s’écria Lorenzo d’une voix altérée ; mais il faut qu’elle vienne ! Mais je vais l’emporter ainsi sans connaissance ! au moins si je l’amène vivante jusqu’à Balsaïm, là je lui trouverai des secours.

Alors il prit la jeune femme dans ses bras et se dirigea vers le mur ruiné qui ferme le jardin au pied de la montagne. Il songeait