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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/416

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La nuit avançait, ou plutôt c’était déjà le jour. Nos deux amans avaient beaucoup pleuré.

— Il faut donc nous séparer, dit Lorenzo, et cette fois, c’est pour bien long-temps. Je partirai, Paquita, je partirai ce jour même. J’irai à ce couvent où l’on m’envoie ; je ne puis rester plus long-temps à la charge d’une mère infirme et pauvre. Mais j’ai un oncle riche à Madrid. Je l’y verrai sans doute. S’il me donnait un peu de son or, j’aurais bien vite quitté le cloître. Je pourrais t’épouser. Promets-moi donc de demeurer libre pendant un an, — un an entier.

— Oh ! qu’est-ce que tu dis ? un an ! toujours î toujours ! mon bien-aimé, s’écria Paquita, l’interrompant par des baisers et des sanglots.

— Je ne te demande qu’un an, mon amie. C’était hier la Sainte-Christine. Tu es allée à la fête qu’on a donnée le soir dans le jardin du château de Saint-Ildefonse. Promets-moi de t’y trouver aussi l’année prochaine. J’y viendrai moi-même, quoi qu’il arrive. Si ce n’est avant, ce sera donc ce soir-là que nous nous reverrons. Alors notre sort sera fixé. Nous nous réunirons, ou nous nous dirons adieu pour toujours.

Paquita promit en sanglotant de se trouver à ce lointain rendez-vous. — Que n’aurait-elle pas alors promis ?

Après de nouveaux et bien longs embrassemens, comme le soleil se levait déjà, Lorenzo s’arracha enfin des bras de Paquita.

Dans la journée même, il partit pour Madrid.


III

Dix mois s’étaient écoulés.

La mère de Lorenzo était morte. D’ailleurs on n’avait point eu, à Ségovie, de nouvelles de son fils. Seulement le père supérieur du couvent du Par rai avait dit, assurait-on, que la ferveur du jeune moine était si grande depuis son entrée au couvent, qu’on songeait à le dispenser des dernières semaines du noviciat, et qu’il serait admis à faire ses vœux avant le temps requis.

Paquita, qui s’était montrée fort triste pendant tout un mois après le départ de son amant, avait cependant insensiblement