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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/406

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pour garantir la véracité de ce fonctionnaire des séductions du pouvoir, on avait sagement établi que les documens recueillis chaque jour par l’historiographe, témoin de tout ce qui se passait, ne seraient publiés que sous la dynastie suivante. A partir de Sséina-thsian jusqu’à la dynastie actuelle, on a une suite non interrompue d’histoires, dont les matériaux ont été rassemblés par des contemporains, et dont la rédaction est postérieure, ce qui réunit toutes les conditions d’exactitude et d’impartialité qu’on peut désirer.

Au nombre des auteurs dont les travaux composent cette série historique, la plus longue et la plus authentique que puisse offrir aucune nation, se trouve Sé-ma-Kouang, qui vivait au onzième siècle de notre ère ; il appartenait probablement à cette famille dont les diverses générations semblaient toutes avoir la vocation et comme la mission de l’histoire. Celui-ci réunissait, à la charge d’historiographe, les fonctions de censeur, fonctions honorables à la Chine, car les devoirs qu’elles imposent s’étendent au souverain comme au peuple. Son biographe rapporte un trait qui fait honneur à l’indépendance de Sé-ma-Kouang. C’est une opinion reçue en Chine, que l’influence du gouvernement s’étend non-seulement à la société, mais à l’harmonie et à l’économie de l’univers ; on rend le pouvoir responsable de tous les désordres de la nature. Un tremblement de terre fait murmurer le peuple, une inondation fait détrôner l’empereur, une éclipse est un sujet grave de mécontentement. Du temps de Sé-ma-Kouang, la flatterie avait exploité ce préjugé à l’occasion d’une éclipse de soleil qui eut lieu en 1061. Cette éclipse, selon l’annonce des astronomes, devait être de six dixièmes du disque du soleil ; elle ne fut que de quatre dixièmes : les courtisans vinrent en cérémonie en féliciter l’empereur, comme d’une dérogation formelle que le ciel avait permise aux lois de ses mouvemens, et qui faisait le plus grand honneur à la sagesse du gouvernement. Sé-ma-Kouang eut le courage de les interrompre, et de dire, en présence de l’empereur, qu’il n’y avait là nul sujet de lui adresser des félicitations, et que si l’éclipsé était moindre qu’on ne l’avait annoncée, c’est que les astronomes s’étaient trompés. —