Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/401

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


peuple et aux habitudes nationales. Il en résulte quelque chose d’assez singulier, dit M. Rémusat, « c’est que les ouvrages dont la matière n’est pas bien déterminée, ou qui ne sont pas spécialement destinés soit aux gens de lettres soit au vulgaire, offrent un assemblage bizarre de mots chinois et japonais qui se combinent entr’eux dans la même page, dans la même ligne, et bien souvent dans la même phrase. »

Ainsi ces deux langues se pénètrent, pour ainsi dire, l’une l’autre, comme s’entrelacent les deux nationalités qu’elles représentent ; mais cette confusion est la moindre de celles que le japonais présente, et la diversité des systèmes d’écriture appliqués à cette langue produit une bien autre complication. Ces systèmes d’écriture sont au nombre de trois.

D’abord les Japonais se servent souvent, pour leurs ouvrages scientifiques, des caractères chinois ; comme ces caractères sont de leur nature indifférens à tout mode d’articulation, les livres ainsi écrits sont pour nous de véritables livres chinois, car il nous importe peu de quelle prononciation les Japonais peuvent se servir en les lisant ; et s’ils écrivaient toujours de cette sorte, l’étude des Japonais serait à peu près inutile en Europe ; mais ils ont deux autres systèmes d’écriture, l’un très-simple, l’autre très-embrouillé.

Dans ce dernier, on semble avoir pris plaisir à multiplier les difficultés de la lecture, à tel point que la simple exposition de ces difficultés en est elle-même une assez grande. Qu’il suffise de dire ici que les caractères chinois sont employés, dans ce système, à représenter, non les idées dont ils sont le signe, mais le son qui leur est arbitrairement attaché. De plus, les caractères, pris ainsi comme signes phonétiques, ne représentent pas toujours le son qui leur correspond en chinois, mais quelquefois le synonyme japonais, qui n’a aucun rapport avec le mot chinois ; c’est, comme on voit, à la fois un rébus et un calembourg perpétuel. Ainsi, le caractère qui désigne en chinois un arbre représente tantôt la syllabe mo, nom chinois, tantôt la syllabe ki, nom japonais de l’arbre. On conçoit dans quel embarras doit jeter ce double emploi dont rien n’avertit. Ce n’est pas tout, il y a en