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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/380

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faire la science ; il est possible que des progrès de l’ordre le plus élevé soient arrêtés par cette mort, qui l’a frappé dans la force de l’âge, et pour ainsi dire au cœur de ses travaux.

C’est que la Chine est tout un monde. On pourrait dire que c’est la planète la moins différente de la nôtre ; peut-être les habitans de Saturne seraient-ils plus curieux à connaître que l’empire du milieu, encore je n’en voudrais pas répondre. Une nation dont la population est aujourd’hui à peu près égale à celle de l’Europe, qui compte plus de quarante siècles d’antiquité bien avérée et de traditions historiques non interrompues, dont le langage et l’écriture sont fondés sur des procédés entièrement différens de ceux qu’emploient les autres peuples, dont l’organisation politique, les mœurs et jusqu’à la tournure des idées et du style ne diffèrent pas moins de tout ce que nous connaissons ; une nation qui possède une littérature immense, qui connaît tous les raffinemens de la vie sociale la plus compliquée, en un mot qui présente un développement de civilisation complet, à la fois parallèle et opposé au nôtre ; une telle nation mérite bien qu’on l’étudie pour elle-même ; et si j’ajoute, ce dont au reste les preuves s’offriront dans ce travail, que l’on peut emprunter aux Chinois, comme on l’a fait déjà avec succès, des documens que seuls ils possèdent sur l’ancienne histoire du haut Orient, et par là éclairer d’une lumière que rien ne saurait remplacer toutes les grandes invasions qui ont poussé les peuples d’Orient en Occident, depuis Odin jusqu’à Gengis ; enfin que là se trouvent de précieux matériaux pour l’histoire du bouddhisme, histoire encore à faire, bien que cette religion ait joué depuis trois mille ans un rôle immense dans le monde et compte actuellement plus de sectateurs qu’aucune autre, on conviendra que l’étude du chinois n’est ni sans intérêt ni sans importance, et méritait qu’un des esprits les plus déliés et les plus fermes de notre temps y consacrât ses rares facultés.

Il n’est presque aucune portion du vaste ensemble de recherches que la Chine peut offrir, sur laquelle ne se soit portée l’attention de M. Rémusat. Parcourir ses principaux travaux, c’est faire, pour ainsi dire, le tour de ce vaste sujet. Sa sagacité choisissait en général, dans chaque matière, le point délicat et