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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/375

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SCÈNES DE LA VIE MARITIME, PAR A. JAL [1]. — GOD-RUN.

La littérature maritime coule à pleins bords. C’est un rapide et nouveau courant qui nous arrive et va tout submerger d’abord, comme avaient l’ait déjà le moyen âge et le fantastique, jusqu’à ce que son onde étant tarie, quelqu’autre littérature nous vienne et lui succède. Je ne saurais dire par exemple laquelle. Une littérature aérienne et céleste, peut-être ! Car, quant à la littérature terrestre, la littérature souterraine et infernale, il n’y faut point songer, non plus qu’à la littérature historico-romanesque. Ce sont toutes mines complètement exploitées par nos romanciers de pacotille, et dont ils ont épuisé jusqu’au dernier filon. Mais avant qu’il soit besoin de recourir au ciel, quelques loisirs nous seront sans doute laissés, car le réservoir de la littérature maritime ne semble pas devoir être de si tôt mis à sec.

Sans parler de l’innombrable foule des livres à la suite qui ne se feront pas attendre, j’imagine, une longue série d’ouvrages maritimes nous est promise par M. Eugène Sue, le plus heureux, le plus fécond et le plus original des imitateurs de Cooper.

M. Édouard Corbière, dont les romans se traduisent, assure-t-on, dans toutes les langues de l’Europe, et que ce succès encouragera peut-être à faire traduire en Français le Négrier, ne s’en tiendra pas, probablement non plus, à ce dernier ouvrage.

Et puis voici M. Jal qui déjà nous donne des scènes maritimes comme sous le règne de Walter Scott on nous donnait des romans historiques.

Empressons-nous de le dire, le livre de M. Jal est l’un des plus consciencieux et des plus recommandables que nous ayons eu dans le genre maritime. C’est un livre fait avec amour et maturité. Chacune des scènes qu’il contient se trouve accompagnée de notes pleines d’intérêt qui lui servent de complément, et en outre, d’un vocabulaire dans lequel les termes de marine sont expliqués et définis avec une parfaite clarté.

Nous ne dissimulerons pas que cette dernière attention de M. Jal pour ses lecteurs nous a surtout vivement touchés et prévenus d’abord en sa faveur. C’est que seul entre tous les écrivains maritimes, M. Jal a pris en pitié notre ignorance. S’il nous parle foc, trinquette, bastingage, bouline, godille, rousture, hublot et faubert, il daigne, par son appendice, nous donner la clé de cet idiome et ne nous traite point

  1. Chez Gosselin.