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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/371

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casquette rouge. Elle chante, elle prêche, elle écrit et fait des circulaires. En voici par exemple une toute nouvelle qu’elle vient d’adresser par la petite poste, aux grands hommes du siècle qui se trouvent en ce moment à Paris.

Cette circulaire a pour sujet l’attente du père.

— Qu’est-ce donc que le père attend ? m’allez-vous demander.

— Toujours la même chose, le père attend la femme libre, la femme de gloire et d’enthousiasme, — la messie.

« Que fait-elle à cette heure ? s’écrie le père, depuis si long-temps je l’aime et je l’attends ; dis-moi, mon Dieu, dis-moi si déjà elle m’aime aussi ; dis-moi surtout si elle veut encore quelque chose de moi. »

Ceci laisserait supposer que la femme libre n’est pas entièrement inconnue au père, et qu’il lui a donné déjà quelque chose. Il n’en est rien pourtant, comme on le verra tout à l’heure.

Plus loin, le père implorant aussi des femmes libres à l’usage de ses fils, s’écrie encore :

« Ils souffrent mes enfans, ô mon Dieu, car parmi les hommes tu les as choisis hommes de désir ; ils souffrent, car ils ne peuvent vivre long-temps privés de la moitié de leur vie. »

Que toutes les femmes libres se hâtent donc d’accourir. Vous le voyez, mesdames ! le père et les fils attendent. Les hommes de désir sont pressés ; ils souffrent, ils vont mourir peut-être. Accourez ; il y a péril en la demeure.

Mais ne songeant plus bientôt qu’à la femme libre dont il a besoin personnellement, le père dit encore :

« Dieu puissant, elle me connaîtra. Tu n’as pas voulu fatiguer mon corps par de rudes travaux, tu m’as fait homme ; tu m’as donné ta vie de force ; elle me connaîtra. »

Puis, tout d’un coup faisant un brusque retour sur lui-même, le père se trouve indigne de la femme de gloire et d’enthousiasme que le Seigneur avait promis d’attacher à sa vie d’homme. « Elle ne me connaît pas, ajoute-t-il triste et découragé. Je ne te la demande plus, ô mon Dieu, elle ne me connaît pas ! »

Elle ne connaît pas le père, cela est positif ; donc il ne lui a jamais rien donné. Mais comment a-t-il pu dire tout à l’heure : Veut-elle encore quelque chose de moi ? Vraiment je m’y perds.

Quoi qu’il en soit, le père se ravise bientôt, et redemande à grands cris la femme qu’il ne voulait plus. Il s’indigne, il s’emporte. Il trouve étrange que Dieu ait mis ses fils privilégiés à de si rudes épreuves : Moïse au désert, Jésus sur une croix, Mahomet dans les combats, Robespierre à l’échafaud, Napoléon à Saint-Hélène, et Saint-Simon au