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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/294

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il prit naturellement son parti contre ses enfans ; et après l’avoir aidé d’abord à les vaincre, il s’interposa pour le réconcilier avec eux. L’empereur, empressé de reconnaître les services qu’il en avait reçus, lui donna le comté de Paris.

Après la mort de Louis-le-Débonnaire, ses trois fils se divisèrent en deux partis contraires. Lothaire, à qui étaient échus l’est de la Gaule et l’Italie, avec le titre d’empereur, fit la guerre à ses frères, Charles-le-Chauve et Louis. Il voulait ôter à celui-ci la Germanie, et au premier la Neustrie et l’Aquitaine. Dans ce démêlé, le comte Gérard se déclara pour Lothaire, et s’en trouva mal ; Lothaire fut vaincu dans l’effroyable bataille de Fontanet, et ses partisans furent persécutés par les vainqueurs. Gérard fut dépouillé, par Charles-le-Chauve, du comté de Paris. Mais la paix ayant été enfin conclue entre les trois frères, Lothaire le fit duc ou comte de Bourgogne. Ce fut sans doute alors qu’il fit bâtir sur le mont Lassois, près de Châtillon-sur-Marne, son fameux château de Roussillon, dont il prit et a gardé le nom dans la tradition et dans les romans.

A la mort de Lothaire, la Provence fut érigée en royaume particulier pour Charles, le plus jeune de ses fils, auquel on donna pour tuteur Gérard, qui ne cessa pas pour cela d’être duc de Bourgogne. Charles était un enfant infirme et stupide ; ce fut donc l’habile et ambitieux tuteur qui fit les fonctions de roi, et en eut les pouvoirs. Il établit le siège principal de son autorité à Vienne-sur-le-Rhône, ville où se voyaient encore alors de magnifiques restes de la grandeur et de l’opulence à laquelle elle était parvenue sous les Romains. Entre les divers exploits par lesquels Gérard se signala en Provence, il faut, à ce qu’il paraît, compter une expédition contre les Normands qu’il chassa de la Camargue où ils étaient descendus, et avaient essayé de s’établir vers 860.

Charles-le-Chauve convoitait ardemment le nouveau royaume de Provence, et ne négligea aucune occasion d’en faire la conquête ; il se trouva de nouveau par-là en guerre avec son ancien ennemi, Gérard de Roussillon, intéressé à bien défendre une contrée où il régnait de fait, et où il paraît qu’il s’était créé un