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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/291

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de l’Odyssée. C’est à l’imitation d’Ulysse que le chevalier toulousain est ballotté trois jours sur les flots, suspendu à un débris de son navire, invoquant sainte Foi, comme le Grec, Minerve. Ce sont les pirates arabes qui, pour le retenir à leur service quand ils ont découvert sa bravoure à la guerre, lui font boire le breuvage d’oubli que Circé verse au héros grec, pour lui ôter le souvenir de Pénélope et d’Ithaque. De retour chez lui, et trouvant un rival en possession de son château, Raimond se cache chez un de ses paysans, comme Ulysse chez son bon pâtre Eumée. Les deux héros, un moment déguisés et comme étrangers chez eux, sont reconnus à peu près de la même manière. Dans le dénouement, la ressemblance est plus indirecte et plus vague. Raimond a besoin des secours d’un ancien ami, pour recouvrer son château et punir son rival, tandis qu’Ulysse se venge seul des prétendans qui se sont rendus maîtres chez lui. Il s’en faut aussi de beaucoup que la dame du Bousquet soit une Pénélope. Mais l’on n’en était pas encore aux temps de la chevalerie, et les dames pouvaient avoir tort dans les récits des romanciers.

C’est bien assez sans doute de ces traits évidemment calqués sur l’Odyssée, pour frapper et embarrasser l’historien de la littérature. D’où notre auteur connaissait-il le poème d’Homère ? Ce poème n’avait jamais été, que l’on sache, traduit en latin ; et l’eût-il été, comment supposer une copie de cette traduction dans les montagnes du Rouergue ou dans les campagnes du Toulousain, à la fin du Xe siècle ou au commencement du XIe ?

Il y a beaucoup plus d’apparence que les ressemblances signalées ne provenaient pas d’imitations immédiates et directes, mais de simples réminiscences traditionnelles. Il n’est pas même nécessaire de faire remonter ces traditions jusqu’à l’époque où les rapsodes massaliotes récitaient les poèmes d’Homère dans les villes grecques du midi de la Gaule. On peut les rattacher à l’époque moins ancienne où l’Iliade et l’Odyssée servaient de base à l’enseignement du grec dans les écoles de cette langue, écoles qui subsistèrent dans le midi jusqu’à la fin du IVe et même du Ve siècle.