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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/270

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et lui échappent, pour ainsi dire, à son insu. Il n’y a guère, néanmoins, que ceux à qui toutes les parties d’un navire et de ses manœuvres sont familières, qui puissent lire cet ouvrage d’un bout à l’autre. Tout ce qui a rapport à ce sujet serait ou inintelligible, ou sans intérêt pour le lecteur qui n’a jamais navigué, ou qui ne connaît de la mer que quelques lieues près de ses rivages. Mais, à côté de cela, il se trouve des chapitres entiers faits pour plaire à toutes les classes de lecteurs. L’auteur y raconte quelques-unes de ses aventures, ou dépeint les usages des pays qu’il a visités ; et l’on sent que la matière ne peut manquer à un homme que vingt-cinq ans d’une vie errante ont conduit tour à tour sur tous les points du globe. Plusieurs de ces récits ont été mis à profit par nos feuilles périodiques, aussitôt l’apparition de l’ouvrage, et sont probablement connus de nos lecteurs ; aussi éprouvons-nous quelque embarras à choisir parmi ce qui reste à glaner quelque passage qui puisse donner une idée de la manière de l’auteur. Celui qui suit nous paraît remplir ce but : la scène se passe à Vigo et à la Corogne, à l’époque où Napoléon en personne commandait ses armées en Espagne, et où Madrid, tremblante devant son génie, lui ouvrait ses portes après deux jours de résistance. M. Hall faisait alors partie d’une division de bâtimens anglais chargée de prêter aide aux Dons, comme il les appelle, suivant le sobriquet en usage parmi nos voisins.

« On reçut, un jour, la nouvelle à la Corogne que le général espagnol Blake avait livré une bataille générale à un nombre très-supérieur de troupes françaises, dans laquelle il avait mis l’ennemi en déroute complète et fait quatre mille prisonniers, qui tous, assurait-on, étaient en route pour se rendre sur la côte. En conséquence de ces nouvelles, nouvelles en effet ! tout fut joie et bonheur dans la ville ; et le soir à l’opéra, on donna une pièce intitulée : Le plus beau Jour de l’Espagne, spectacle patriotique approprié à la circonstance, et dans lequel figurait l’étrange réunion des personnages suivans. D’abord, au lever du rideau, parut notre bien-aimé monarque Georges III, assez bien représenté par un acteur d’une corpulence peu commune, et donnant la main à Ferdinand VII. Ces deux souverains étaient, comme on peut le croire, sur un pied amical ensemble, se faisant des