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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/265

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énorme disproportion se trouvent dans l’ouvrage les événemens qui prêtent à la fiction, et les observations scientifiques que l’auteur annonce faire sans cesse, et qu’on ne trouve que de loin en loin. Disputes avec les nègres, vols de tafia, conversations entre les chefs, mœurs, usages, combats, tout cela se trouve décrit avec une prolixité fatigante. Le reste, au contraire, qui était pourtant le principal, est d’une aridité et d’une maigreur telles, qu’on le renfermerait aisément dans un petit nombre de pages, et j’ose affirmer que nulle part on ne trouverait dans un même espace un pareil amas d’inepties et d’absurdités. On voit évidemment un homme qui voudrait bien parler le langage des sciences, mais qui, en connaissant à peine les premiers mots, les balbutie avec hésitation, et tourne sans cesse dans un cercle étroit d’expressions pareilles dont il ne connaît pas la valeur. Il suffit, pour se convaincre de la profonde ignorance de l’auteur, d’examiner ses travaux dans toutes les branches des sciences naturelles. Je dis toutes, car M. Douville n’a pas une prétention moindre que d’être, comme M. de Humboldt, un homme universel.

Voyons d’abord en astronomie. Le Foreign Quarterly Review a prouvé que les observations astronomiques que prétend avoir faites M. Douville, étaient impossibles au moment où il les indique, vu l’état du ciel ; que, par exemple, la lune était couchée depuis quatre heures, à l’instant où notre voyageur dit l’observer. Le passage suivant n’est pas moins curieux :

« Le temps était beau ; aucun nuage ne dérobait la vue des étoiles qui jetaient un éclat très-vif ; je remarquai alors, pour la première fois, combien elles sont brillantes dans ces régions équinoxiales, et je passai quelque temps à les observer avec mon télescope. » Vol. I, page 131.

Que penser d’un astronome qui ne s’aperçoit qu’après de longues années passées à voyager dans toutes les parties du globe, de l’éclat particulier que jettent les étoiles sous les tropiques ? Quant au télescope, c’est la première et la dernière fois, à ma connaissance, qu’il en est fait mention dans le cours de l’ouvrage.

En géographie physique, la science ne doit pas de moins rares découvertes à l’auteur. Il fait, par exemple, remonter des montagnes à certaines rivières, partir d’un point commun plusieurs