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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/247

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chute, et n’avait voulu rien autre chose que partager la vie obscure à laquelle il était réduit.

» Le colonel Tiburce Sébastiani, frère du général du même nom, Corse de naissance, et parent éloigné des Bonaparte, me disait que madame Létitia était accouchée de Napoléon dans un salon, sur un tapis qui représentait une scène de l’Iliade. Elle se trouvait à l’église lorsque les douleurs la saisirent, et l’on n’eut que le temps de la ramener dans ce salon, où elle mit au monde un homme qui devait opérer de notre temps des prodiges plus grands que ceux des héros d’Homère.

» Le colonel Sébastiani nous dit aussi que lorsque ses enfans n’étaient encore qu’en bas âge, madame Bonaparte était citée déjà pour la vigueur et la dignité de son caractère et de sa conduite. Avec une nombreuse famille, n’ayant qu’un très-médiocre revenu, elle pratiquait une économie rigoureuse, sans que sa maison cessât cependant d’être tenue sur le pied le plus honorable. Plus tard, lorsqu’elle vit son fils devenu non-seulement roi lui-même, mais le dictateur des rois, ni les palais qu’il lui donna, ni la pension d’un million qu’il lui fit, ne purent l’aveugler sur l’instabilité de la puissance de Napoléon, qui ne lui sembla jamais bâtie que sur du sable. L’économie sans avarice qu’elle continua de montrer alors lui a seule permis de soutenir depuis convenablement son rang.

» La mère de l’empereur semblait au surplus bien née pour cette haute situation, à laquelle l’éleva son fils. Toutes ses manières respiraient la vraie grandeur et la majesté. On raconte qu’un jour Napoléon se promenait dans l’une des salles du palais des Tuileries, recevant divers grands personnages qui étaient admis à l’entrée et venaient lui baiser la main. Plusieurs membres de la famille impériale se trouvaient de ce nombre. Madame Bonaparte arriva lorsqu’il ne restait plus que quelques-uns de ces derniers. Lorsqu’elle s’approcha, l’empereur, avec un gracieux sourire, lui présenta sa main à baiser, ainsi qu’il l’avait fait avec ses sœurs et ses frères. Mais elle, la repoussant doucement, et offrant au contraire la sienne aux lèvres de son fils, lui dit en italien : « Vous êtes l’empereur, le souverain de tous les autres, mais vous êtes mon fils ! » Et l’empereur saisissant cette main qu’elle lui tendait, l’embrassa avec tendresse et respect, se montrant ainsi fils aussi digne qu’elle s’était montrée digne mère !

» Le duc de Reichstadt, surtout depuis la mort de Napoléon, occupait continuellement la pensée de madame Bonaparte. Elle a cependant encore assez vécu pour le voir aussi mourir. »

À Paris, à l’Opéra, sans qu’on ait doublé pour cela le prix des places, nous avons eu double spectacle toute cette quinzaine.

D’un côté, dans le foyer, c’était la doctrine ; la doctrine au teint