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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/245

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À la dernière session des assises de Londres, le Recorder, dans son discours au grand jury, déclara aux membres qui en faisaient partie qu’à son grand regret il n’apercevait point encore de terme à leurs travaux. C’était une chose déplorable, ajouta-t-il, qu’en moins de deux mois les assassinats se fussent élevés, dans la ville, à 89, ce qu’il ne se rappelait point avoir vu jamais depuis les nombreuses années qu’il siégeait en la cour, si ce n’était seulement à l’époque des troubles de 1780.

Dira-t-on maintenant que nous ne valons pas nos pères, ou bien que nos voisins sont plus honnêtes gens que nous ?

La mère de Napoléon est toujours mourante à Rome. Voici sur elle quelques détails intéressans extraits du journal d’une dame anglaise de haut rang :

« J’ai vu madame Létitia Bonaparte pour la première fois, dit cette dame, au commencement du mois de mai 1828, dans les beaux jardins de la Villa de M. Mills, sur le mont Palatin. Elle y était venue accompagnée de son fils Jérôme, l’ex-roi de Westphalie, et de sa femme la princesse Catherine, fille du roi de Wurtemberg, de son chapelain, de sa dame de compagnie et de quelques autres personnes de sa suite. Ayant entendu dire que madame Bonaparte n’aimait point rencontrer des étrangers, nous nous étions retirés dans un endroit écarté du jardin ; mais Jérôme, qui avait vu ma voiture dans la cour de la maison, nous fit prier de le rejoindre, et nous présenta à sa mère et à sa femme. Madame Bonaparte était d’une taille élevée et bien prise, son maintien avait beaucoup de grâce et de dignité ; ses traits étaient encore remarquablement beaux, et l’on reconnaissait parfaitement en elle le modèle de l’admirable statue de Canova. Et vraiment cette Hécube de la dynastie impériale était bien la plus belle personnification de la matrone romaine que l’on pût trouver. Elle était fort pâle, et l’expression de son visage avait quelque chose de pensif et de recueilli ; elle s’animait cependant parfois soudainement, et ses yeux noirs lançaient alors pendant un instant de vifs éclairs ; sa contenance ne cessait d’ailleurs jamais d’être noble et majestueuse. Jérôme et son épouse lui témoignaient la tendresse la plus délicate et la plus respectueuse. Ils la soutenaient ensemble, marchaient doucement, et d’après son pas, écoutant attentivement ses paroles. Elle avait une robe de satin gris foncé, un bonnet de la même étoffe, avec un voile de blonde noire par-dessus. Elle portait ses cheveux blancs à la madonna. Un superbe cachemire tombait gracieusement sur ses épaules, ses pieds étaient petits et bien faits, et ses mains admirables. En nous présentant à elle, Jérôme avait dit quelques mots des opinions libérales de mon mari, ce qui nous valut un accueil plein de bonté. Madame Bonaparte était convaincue que tous les membres libéraux de notre parlement avaient été favorablement