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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/243

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 octobre 1832.


Enfin nous tenons un ministère ! Enfin un ministère nous est né ! Certes ce n’a pas été sans peine ! L’accouchement a été laborieux et difficile. Plusieurs mois ont à peine suffi à cet enfantement ; qu’importe, au surplus ? Le temps fait-il rien à l’affaire ? Ce ministère introuvable, il est enfin trouvé ! Enfin le voici mis au monde et venu à terme !

— Mais est-il né viable ? Vivra-t-il ?

— Oh ! patience, attendez ! Ne savez-vous pas que l’on vous annonce pour le 19 novembre, à la chambre des députés, une consultation de plus de quatre cents docteurs ? Ces messieurs-là, voyez-vous, prononceront seuls et sans appel l’arrêt de vie ou de mort du nouveau-né. Jusqu’au mois de novembre, patience donc ! Attendez.

Quoi qu’il en soit, et provisoirement, on a fabriqué pour M. Thiers et pour M. Guizot de petits départemens de l’intérieur et de l’instruction publique boîteux et démembrés. On leur donne petite part au gâteau, tandis que l’on fait bonne mesure à MM. Barthe et d’Argout, à la portion desquels on ajoute les cultes, la garde nationale et les préfets. MM. de Broglie et Humann démêleront, s’ils le peuvent, l’écheveau assez embrouillé de nos affaires étrangères et financières. M. de Rigny reste en panne à la marine ; le maréchal Soult présidant et brochant sur le tout.

Quant à MM. Louis, Montalivet, Girod de l’Ain et Sébastiani, que l’on avait tués déjà de leur vivant, comme le roi d’Espagne, ils sont morts bien décidément, après avoir joui de l’inappréciable avantage d’entendre eux-mêmes leur propre oraison funèbre.

D’ailleurs de convenables honneurs leur sont rendus.

À l’exception du général Sébastiani, qui se charge de s’ensevelir modestement lui-même dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré, on enterre magnifiquement les autres à la chambre des pairs et à la liste