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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/241

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même étonnement et la même douleur que les catholiques au XVIe siècle devant la réforme de Luther, Mais depuis, n’ont-ils rien appris ? prennent-ils encore notre glorieuse révolution pour une émeute ? Grand Dieu ! que leur faut-il donc pour leur dessiller les yeux ? L’histoire n’est donc pas assez claire, assez vive ? que gagnent-ils à déclarer impuissant et coupable le principe révolutionnaire, qui est le principe vital de la France ? [1].

Napoléon a dit un mot sévère et juste : la démocratie a des entrailles, l’aristocratie n’en a pas. Mais au moins l’aristocratie a toujours eu de la fierté, elle a de la grandeur dans son égoïsme, et quand elle a obéi à son génie, elle n’a jamais servi que sa propre cause en paraissant servir celle des rois. Eh bien ! puisque le trône antique s’est écroulé, et puisqu’elle n’a pu le sauver, qu’elle ne songe plus qu’à elle, à sa propre dignité. Que tout ce qui reste de noblesse française se jette à corps perdu dans la liberté. Il était difficile d’être à la fois plus brave et plus ignorant que nos gentilshommes : qu’ils se montrent aujourd’hui éclairés, intelligens, citoyens. Pourquoi ne pas consentir et ne pas se former à la vie politique ? pourquoi ne vivraient-ils pas avec orgueil et plaisir dans un état démocratiquement libre, où la liberté serait générale, la naissance inutile, le talent nécessaire ? Les comices et la tribune les attendent : qu’ils y viennent défendre leurs principes et leurs droits, qu’ils fondent, s’ils le peuvent, une nouvelle aristocratie qui ait une autre base que des mottes de terre. Dans toute démocratie vraiment constituée, les intérêts conservateurs doivent former un contre-poids à la mobilité envahissante des nouveaux intérêts qu’enfante chaque jour l’activité de l’homme : en ce sens, il y a toujours une aristocratie dans la société la plus nivelée ; et cette aristocratie concourt à l’harmonie du corps social.

Mais que peuvent espérer les partisans de l’ancien ordre, en s’obstinant dans la méconnaissance de leur siècle, en nous fatiguant par les pratiques de la guerre civile et de la conspiration ? Imprudens ! par pitié pour vous-mêmes, ne prenez pas, dans la

  1. Voyez la cinquième lettre : Qu’est-ce qu’une révolution ?