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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/237

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philosophes, gentilhomme républicain, démocrate amoureux des vanités de l’étiquette, et quelquefois le plus petit des hommes, s’il n’était pas, depuis la mort de Rousseau, le plus grand de nos écrivains.

Après avoir publié ses Réflexions politiques, en 1814, opuscule où il s’efforçait de faire accepter aux royalistes un peu de liberté, M. de Chateaubriand voulut, dans un ouvrage important, consigner sa politique et se mêler à l’élite des publicistes. La Monarchie selon la Charte ne me paraît pas mériter la prédilection particulière que lui a vouée son auteur, et sans le style qui cependant reproduit trop le calque et les habitudes de Montesquieu, la lecture en serait soutenable à peine ; c’est un assemblage de quelques principes constitutionnels, de futilités nobiliaires et de fureurs royalistes. M. de Chateaubriand dit vouloir fonder la liberté, mais en même temps il veut écraser les principes et les intérêts de la révolution française. Rien n’accuse mieux que la Monarchie selon la Charte, l’insuffisance politique de cet esprit toujours dupe et toujours léger.

Mais relevons, en passant, une inconséquence honorable pour M. de Chateaubriand. Dès 1815, il se déclarait le partisan de la liberté de la presse, il la revendiquait avec de singulières restrictions [1], j’en conviens, mais enfin il maintenait les droits de la pensée, stipulant pour lui, et ne consentant à servir le trône que si on lui laissait à lui-même son sceptre, sa plume. Le génie même, au milieu de ses plus désolantes aberrations, garde toujours quelque chose d’excellent et revient, à la vérité par quelque endroit.

Cependant le moment est arrivé où M. de Chateaubriand se servira, pour lui-même et pour son parti, de sa puissance ; puisqu’on leur refuse obstinément le pouvoir, ils le raviront, et le demanderont, non plus au roi, mais à l’opinion. Quelle concession au siècle ! M. de Chateaubriand illustra de son nom le Conservateur, l’anima de sa verve et le revêtit de son éclat : il fut le général de cette croisade de gentilshommes qui se servaient de la liberté par vengeance et par ambition : tout était nouveau dans

  1. Il demandait une loi répressive qui fût immanis.