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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/230

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vue, l’histoire de notre patrie n’est plus qu’un chaos, un labyrinthe sans issue, un naufrage éternel.

Bossuet a dit qu’il n’y a pas de droit contre le droit ; je m’empare à mon tour de cet adage et je maintiens que rien, ni race ni famille n’a un droit qui puisse en France primer le droit du pays. Et si l’on déplore la fatalité qui bannit du trône un enfant qui n’a rien fait, nous demanderons pourquoi il n’y aurait pas une solidarité pour les dynasties, quand on en reconnaît une pour les peuples, et pourquoi les nations au jour de leur justice ne s’armeraient pas des sentences dont on a voulu les accabler ? Le fils de Napoléon s’est éteint dans l’exil ; pourquoi le fils d’un prince sans gloire, dont la mort tragique fut la seule distinction, serait-il plus heureux ? Nous ne sommes pas acharnés contre un enfant ; nous savons tout ce qui s’attache de charme douloureux, dans l’ame des serviteurs fidèles, à une royale enfance qui commence la vie par la proscription : mais est-ce notre faute à nous ? D’ailleurs cette antique famille, qui depuis un siècle est stérile en héros et ne peut se recommander auprès de nous que d’Henri IV et de Louis XIV, a-t-elle bonne grâce à se plaindre ? Dans ses prospérités, a-t-elle eu pitié des vaincus ? a-t-elle eu pitié de nos guerriers ? a-t-elle eu pitié du grand empereur quand il se promenait sur les grèves de Ste-Hélène ? Qu’elle se rende justice ; que, rappelant un reste de fierté, elle ne veuille plus de nous quand nous ne voulons plus d’elle, et qu’elle laisse la France poursuivre en paix ses immortelles destinées.

En parcourant, il y a quelques jours, monsieur, la collection du Conservateur ; j’y ai trouvé cette proposition : La révolution française ne fera pas plus époque dans l’histoire générale, que les jours d’ivresse d’un homme du peuple ne font époque dans l’histoire de sa vie [1]. Vous reconnaîtrez l’aveuglement que je vous ai signalé : il vaut la peine de relire les pages de ce recueil célèbre, pour constater à quelles aberrations s’abandonnèrent les défenseurs de l’ancien ordre : à leurs yeux, la société est folle, impie ; la philosophie moderne est une philosophie essentiellement

  1. Tome III, page 536.