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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/227

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et se réformer. En vain les peuples leur montrent leurs plaies douloureuses ; on leur répond en tirant la chaîne avec une dureté plus impitoyable, on leur signifie que par le silence seul ils peuvent obtenir une oppression stationnaire : que va donc devenir l’humanité ? Je convoque ici tous les sophistes de l’esprit rétrograde, je les interpelle : qu’ils nous indiquent le remède ; les rois sont sourds, le cœur est endurci, l’esprit hébété, ; le sacerdoce est complice ; où l’homme se réfugiera-t-il, si ce n’est dans sa force ? Je veux, par une hypothèse, supprimer de l’histoire toutes les insurrections, et je demande compte du genre humain. Où en serait la liberté politique sans la révolte des bourgeois et des communes ? la liberté religieuse, sans la protestation armée de la moitié de l’Europe ? Et l’histoire ne nous offre pas seulement le fait énergique des résistances légitimes : elle nous donne à lire la déclaration théorique et solennelle du droit que se sent l’homme de secouer violemment les violences de la tyrannie. Ce fut le 4 juillet 1 776 que dans un monde nouveau, d’une civilisation récente, des hommes d’un esprit droit et d’un cœur ferme prononcèrent ces paroles devant leurs concitoyens et leurs semblables : « Nous regardons comme incontestables et évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : que tous les hommes ont été créés égaux ; qu’ils ont été doués par le créateur de certains droits inaliénables : que parmi ces droits on doit placer au premier rang la vie, la liberté et la recherche du bonheur ; que pour s’assurer la jouissance civile de ces droits, les hommes ont établi parmi eux des gouvernemens dont la juste autorité émane du consentement des gouvernés ; que toutes les fois qu’une forme de gouvernement quelconque devient destructive de ces fins pour lesquelles elle a été établie, le peuple a le droit de la changer et de l’abolir, et d’instituer un nouveau gouvernement en établissant ses fondemens sur les principes et en organisant ses pouvoirs dans la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui procurer la sûreté et le bonheur. A la vérité, la prudence exige que l’on ne change pas, pour des motifs légers et pour des causes passagères, des gouvernemens établis depuis long-temps. Aussi l’expérience de tous les siècles démontre-t-elle que les hommes sont plus disposés à souffrir tant que leurs maux sont supportables, qu’à se