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Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/22

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fables, mille conjectures empressées s’y mêlèrent. Docile aux désirs de sa famille, Lamartine profita de sa réussite pour mettre un pied dans la carrière diplomatique, et il fut attaché à la légation de Florence. La renommée, un héritage opulent, un mariage conforme à ses goûts, tout lui arriva presque à la fois ; sa vie depuis ce temps est trop connue, trop positive, pour que nous y insistions. Dans le peu que nous avons essayé d’en dire, relativement aux années antérieures, on trouvera que nous avons été bien sobre et bien vague ; mais nous croyons n’avoir rien présenté sous un faux jour. Lamartine est de tous les poètes célèbres celui qui se prête le moins à une biographie exacte, à une chronologie minutieuse, aux petits faits et aux anecdotes choisies. Son existence large, simple, négligemment tracée, s’idéalise à distance et se compose en massifs lointains, à la façon des vastes paysages qu’il nous a prodigués. Dans sa vie connue dans ses tableaux, ce qui domine, c’est l’aspect verdoyant, la brise végétale ; c’est la lumière aux flancs des monts, c’est le souffle aux ombrages des cîmes. Il est permis, en parlant d’un tel homme, de s’attacher à l’esprit des temps plutôt qu’aux détails vulgaires qui, chez d’autres, pourraient être caractéristiques. Tout lyrique qu’il est, il a peu de retours, peu de ces regards profonds en arrière qui décèlent toujours une certaine lassitude et le vide du moment. Il décore çà et là quelques endroits de son passé ; il rallume de loin en loin, au soir, ses feux mourans sur quelque colline, puis les abandonne ; l’espérance et l’avenir l’appellent incessamment ; il se dit :

Mais loin de moi ces temps ! que l’oubli les dévore !
Ce qui n’est plus pour l’homme, a-t-il jamais été ?

A l’ami qui l’interroge avec une curieuse tendresse, il répond :

Et tu veux aujourd’hui qu’ouvrant mon cœur au tien,
Je renoue en ces vers notre intime entretien ;
Tu demandes de moi les haltes de ma vie ?
Le compte de mes jours ? ... Ces jours, je les oublie ;
Comme le voyageur quand il a dénoué
Sa ceinture de cuir, etc. etc..